18. mars, 2019

MILITONS POUR LA SAUVEGARDE DE LA CORRIDA CONCOURS

 

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"Blanquet" Ganaderia Yonnet sortira en sixième position photo E.lanfranchi

MILITONS POUR LA SAUVEGARDE DE LA CORRIDA CONCOURS...

Etre présent à Arles vendredi 11 septembre à 17h30 sera un acte militant.

Et dans tout aficionado sommeille un militant, en tout cas c'est ainsi que cela devrait être. Nous sommes peu nombreux à apprécier ce  type de corrida et nous n'en expliquons pas assez la beauté et encore moins sa raison d'être.

Sa beauté tout d'abord car le Toro présenté par le ganadero ne peut pas être un "rousigon"ou un desecho. Parce que les ganaderos ont une fierté et un honneur. Il faudrait que cela soit ainsi. La présentation doit être soignée et le toro, dans le type de son encaste et de sa lignée. Cet aspect fait partie de la note finale. Je vous recommande de chercher à remplir la grille comme si vous faisiez partie du jury. Pour le jury, cette année en Arles, deux ganaderos, Bruno Blohorn et Patrick Laugier et un aficionado militant Yannick Jaoul, Président de la Muleta.

Bien sûr vous me direz que de nombreuses corridas concours servent a limpiar los corrales  ou à passer un toro limite par rapport à son âge ou par rapport à un physique qui  aurait dépareillé un lot. Bref tout cela vous l'avez entendu déjà! Mais il faut garder malgré tout la fraîcheur nécessaire pour accueillir avec l'âme bien nette ce toro là qui va passer la porte du toril pour nous montrer qui il est et d'où il vient et qui doit se comporter en bête de combat comme sa nature profonde le lui commande. Même si, à la fin il faut faire le constat que la main de l'homme a bien perverti la Nature. Et que chez les Toros c'est comme chez les Humains, il y a toutes sortes de comportements et de caractéres quelquefois peu glorieux, quelquefois héroïques jusqu'à l'abnégation totale, proche de la bravoure "imbécile". C'est avant tout le travail de sélection du ganadero qui est visible en piste et ses méthodes d'élevage. C'est ce qui devrait conduire à soigner le choix du Toro présenté.

La beauté de la corrida concours et son corollaire éducatif résident dans le premier tercio ou le tercio de picar. On y pique les toros différemment  ou plutôt comme ils devraient toujours être piqués : avec attention et respect. Avec attention, car le maestro soigne la mise en suerte (la façon de placer le toro avant la pique) et décompose tous les temps de cette mise en valeur du Toro : placement, dosage de la pique, action réelle pour sortir le toro du cheval et le replacer tant que la Présidence (qui retrouve ses prérogatives ce jour là) n'arrête pas le tercio.

La beauté du picador, torero à part entière qui peut montrer au public  son habileté à cheval en citant le toro de face et donc sa loyauté (ainsi le toro ne se précipite pas sur un mur comme cela est le cas quand le cheval est présenté parallèle aux planches),  il montre son adresse en atteignant le bon endroit : l'arrière du morillo du toro avec sa lance, bien en avant de l'impact du toro sur le cheval et ainsi tenir, un instant, le toro à bout de bras sans autre aide que sa propre force, tout en ouvrant la bride vers l'extérieur et en accueillant la force brute du toro avec la sérénité d'avoir déjà bien fait son travail. Et un picador qui s'exprime  en mettant le toro en valeur confère à cette suerte une dimension émotionnelle et artistique qui surprendra le spectateur non averti et qui l'intriguera. Et quand on devient curieux en tauromachie, comme ailleurs on peut devenir fan.

En corrida concours, la pique sert donc à mettre en valeur les qualités du toro et non pas comme en corrida formelle où elle sert uniquement à diminuer le toro pour mettre en valeur le troisième tiers et donc le torero à pied. Diminuer c'est normal, et cela devient hélas souvent détruire du premier coup (une seule rencontre trop forte aux dégâts considérables) et cela ne permet pas la plupart du temps au toro de tenir une faena complète et alors on assiste à une chorégraphie bien rodée : c'est le torero qui passe et le toro qui toréait immobile au centre les quatre pattes bien plantées. Pas besoin de vous donner des preuves. Repassez les images...

La beauté de la concours, c'est aussi pouvoir observer tranquillement le travail somptueux des chevaux de pique, dressés pour être de vrais acteurs de ce tercio. Ils contribuent par leur savoir faire intelligent à la mise en valeur du Toro en absorbant en souplesse sa charge, sans la fracasser . Cet apport contemporain d'Alain Bonijol, de son équipe et de ses chevaux est considérable pour la survie de la corrida, car l'alliance cheval picador toro ( le tercio de piques) permet de pouvoir combattre à pied un adversaire prêt à révèler le courage, la technique et l'art du torero. Et si ce tercio se réalise ainsi le toro dans la faena va exprimer peut être d'autres qualités profondes telle que la "noblesse", prolongation de ce qui se sera montré depuis l'entrée du toro en piste, sa capacité à charger droit, en longueur, en puissance et en sauvagerie en acceptant le temps d'un regard de répondre aux cites, mais en gardant un oeil sur les fautes de placement de son guide pour le rappeler à l'ordre! Et l'on ne pourra pas dire "on ne sait rien de ce toro, on n'a pas pu le voir", car détruit à la pique. 

Donc pour moi tout simplement la concours est aujourd'hui le seul spectacle tauromachique où tout est en place pour voir un toro dans sa globalité.

Bien sûr il faut tous les ingrédients décrits. En Arles, Les chevaux y seront , les picadors y seront récompensés, les toros représentent des élevages reconnus et aimés des aficionados, ils demeureront les inconnus malgré tout et c'est bien cela aussi qui nous fait aller aux arènes. Les toreros sont des modestes valeureux, nous aurions tous aimés des lidiadors tel que El Fundi, mais là aussi soyons attentifs à la capacité des toreros à se transcender face à une bête de "concours" et à saisir la chance ce jour là. Mais ils auront aussi à coeur de vouloir remporter le prix du meilleur lidiador "Prix Nimeño II" créé cette année par la CTEM d'Arles.On y fêtera aussi les 150 ans de la ganaderia Yonnet. Tout est en place...

Aller à la corrida concours, c'est faire un acte militant pour la maintenir et la pérenniser

A Vendredi.

EVelyne Lanfranchi Monleau

17. mars, 2019

DE GLACE ET DE SABLE : Toros au VEL D'HIV

 

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DE GLACE ET DE SABLE :

Toros au VEL D'HIV

 

 

 L'évocation du Vélodrome d'hiver, à Paris (Vel d'hiv) est toujours sélective.

Pour l'aficionado « aux sports », les foules qui se rendaient Rue Nelaton (15ième) par le métro Grenelle aujourd'hui Bir Hakheim de 1910 à 1959 avaient des motivations différentes.

L'antre du Vel d'hiv verra défiler les adeptes du patin à roulettes sur parquet (ancêtre du roller), puis la vraie glace, pour le hockey et l'Art : la revue américaine « Holiday on Ice » s'y produira en 1948.

Les inconditionnels de la « petite reine », en feront un temple avec « La course des six jours », une majesté était élue pour l’événement et choisie dans le milieu du spectacle : Edith Piaf , Annie Cordy, Yvette Horner...L'animation musicale étant assurée !

 

Les sports de combat se taillent une belle part, détrônant la salle Wagram, le catch s'installe avec l' Ange Blanc, le Bourreau de Béthune, King Kong... et les commentaires radiotélévisés adéquats.

La boxe écrira quelques lettres de noblesse, notamment le 30 septembre 1942, Marcel Cerdan deviendra champion d'Europe devant José Ferrer. L'espagnol se présentera sur le ring avec un peignoir frappé d'une croix gammée et le salut franquiste.

La réalité va dépasser la fiction.

 

Pour l'aficionado à l'Histoire, spécialiste de la deuxième guerre mondiale à Paris. C'est le côté noir du Vélodrome.

Le 16 et 17 juillet 1942 (quelques semaines avant le match de boxe) c'est l'opération « Vent Printanier », qui passera à la postérité sous l'appellation « Rafle du Vél D'hiv ».

7000 personnes (tous âges confondus ) sont rassemblées dans l'enceinte en tant que Juifs apatrides et étrangers résidant à Paris ; puis dirigés par train vers les camps d'extermination.

 

L'aficionado a los Toros a beaucoup de difficultés à aborder la question taurine après ce terrible épisode.

De 1942 à 1949 plusieurs spectacles vont se dérouler dont trois retiennent l'attention.

 

Le 5 et 6 septembre 1942, à l'intérieur d'une cage (1) et sur un sol recouvert d'un tapis, qui donnera la célèbre appellation d'un critique et auteur taurin : Paco Tolosa « la corrida sur tapis brosse », vont se produire : José Parradas, José Piles (père du matador Robert Pilés) et Emma Calais.

 

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La caballera en plaza, montée sur «  Sultan » (seul rescapé des réquisitions allemandes) devant les occupants médusés, va déployer un drapeau français, après la pose de javeline (simulacre de mort). Elle déclenche une Marseillaise « a capella », et échappe de justesse à l'emprisonnement, le médecin (patriote) invoquant une grave blessure, nécessitant une évacuation par ambulance. Cette dernière s'arrêtera en zone libre. Les toros : Nou de la Houpelière?

 

Le dimanche 7 juillet 1943

C'est une course au simulacre de mort, pour quatre pupilles de Pierre Saurel (origine Barraquant- Durand- Lescot).

Le bétail a quitté le mas de la Sonde (Fos), aujourd'hui le lieu est occupé par des bâtiments industriels.

Au cartel José Valles Gascon « Chato de Movera » de Saragosse et Luis Muñoz de Madrid (futur créateur de l'école taurine d'Arles en 1950). 

 

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Les deux novilleros font partie de la diaspora espagnole, réfugiée à Arles, le sobresaliente est José Piles, idem mais à Nîmes.

Il y a un toro emboulé pour les amateurs.

 

 

Le 6 et 7 mai 1949 

C'est un chant du cygne, printanier pour le dernier spectacle taurin au Vélodrome d'hiver.

C'est sur un surprenant « Sambre et Meuse » (marche militaire commémorant une victoire française sur les Autrichiens) interprété par la musique de la Ville de Paris, que s'ébroue le paseo.

Conchita Cintron, c'est l'automne de sa saga taurine . Après le Portugal et l'Espagne, elle va toréer à Dax, Béziers, Bordeaux, Toulouse, Arles de 1948 à 1950 où elle achèvera sa carrière.

La déesse blonde affrontera quatre toros de Villamarta, soigneusement choisis par son mentor Martial Lalanda.

La cavalière chilienne va toréer à pied les bichos, lors du dernier tiers (pas de mise à mort).

 

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Angel Luis Mejias Jimenez : « Angel Luis Benvenida », il est le cinquième fils du « Papa Negro » . Il est matador de toros depuis le 11 mai 1944 (Madrid). Il excelle avec les banderilles.

Julio Perez « El Vito », il a passé le doctorat le 1 septembre 1946 à Valencia.

Il fut un banderillero de légende, dans la cuadrilla de Jaime Ostos, en compagnie du sévillan Luis Gonzales (2).

Les deux toreros affrontent les pupilles de Tulio Vasquez.

Malgré l'affiche, cette course au simulacre de mort est qualifiée par la fraction canal historique du Club Taurin de Paris, d’exhibition par voie de presse dans le Monde et l'Humanité (sic).

 

Le Vel d'Hiv fut détruit en 1959 pour cause de « Front de Seine » : construction d'immeubles.

Nos toros espagnols, selon une légende entretenue coulèrent des jours heureux en Camargue, auprès d'autochtones femelles après cet intermède parisien- chut !

 

Brindis à deux aficionadas a los Toros et compañeras de voyage MYRIAM et DELPHINE du Club Taurin de Paris.

 

Samedi 16 mars 2019

Jacques Lanfranchi « El Kallista »

 

  1. Jeff Dickson, un des exploitants du Vel d'Hiv, avant la deuxième Guerre Mondiale avait acheté 100 lions (entre autres bêtes) à un cirque italien en faillite. La cage était obligatoire.

  2. In Les Oreilles et la Queue, Jean Cau (1961)

     

Bibliographie :

  • Emma la Caballera, René Baranger 1959

  • Paris Passé, Paris Perdu PW 1949, 2014

  • Des taureaux à Paris , Joël Bartolotti, Pierre Dupuy UBTF 2015

Photos

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2. mars, 2019

DES RÊNES POUR LA REINE

 

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DES RÊNES POUR LA REINE

 

 

 

C est en 1930 pour le centenaire de la naissance de Frédéric Mistral que furent établies les règles pour l'élection de la Reine d'Arles.

Le 3 avril, Angèle Vernet sera élue par le jury suivant : Melle Veran, Madame Giraud, le poète José d'Arbaud et le peintre Léo Lelée.

Son père Vincent a été gardian dans les manades réputées : Baroncelli, Durand, Lescot ; sa fille monte à cheval depuis sa prime jeunesse.

En raison du conflit mondial, son règne sera le plus long 1930-1947. Elle demeurera à jamais la première. A la fin de sa vie, son seul regret était « ne plus monter à cheval ».

 

Le 27 avril 1947, Maryse Orgeas va lui succéder, ses parents sont joailliers à Arles.

Elle découvre le cheval, en croupe derrière Pierre Saurel pour la Cocarde d'Or en juillet, elle déclara « Je me sentais merveilleusement bien comme si j'avais fait cela toute ma vie ». Elle régna jusqu'en 1954. C'est la Reine Poète par ses nombreux écrits.

 

Chaque Majesté laisse, une ponctuation, une lettre, un mot, un phrase dans le Grand Livre Intemporel des Reines d'Arles.

Quelquefois la jeunesse, la beauté, l érudition se côtoient avec un clin d’œil qui bouscule les codes. Caroline Serre Quilicci d’origine corse, deviendra la vingtième à régner !

 

Françoise Calais. Elle est la fille de Joseph Calais, cavalier émérite, dont la première épouse fut « Emma La Caballera », la première française à toréer à Cheval (1)

En deuxième noces, il épouse Melle Suzette Goubert, de leur union naîtra  Françoise.

A peine majeure, elle se présente en 1966, elle est élue !

 

Bon sang ne saurait mentir, la Damisello (2) reste à tout jamais la Reine Cavalière

 

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De 1967 à 1968, elle affrontera les toros, en tenue de gardianette (pantalon, gilet, chemise et chapeau) dans plusieurs arènes pour toréer.

La première fois sera à Saint Martin de Crau sur un cheval craven nommé Blad de Lune.

Puis se succéderont les ruedos de Palavas, le Grau du Roi, Montfrin, Saint Gilles, le cheval gris de Christian Lescot prénommé Champero, sera sa monture.

Le premier mai 1968 fut révolutionnaire, la Reine va défrayer la chronique.

Le matin, elle défile avec Pierre Saurel, l'après midi, elle va manier : javelines, banderilles, et simulacre aux arènes d'Arles, devant un pupille de François André.

Les gardians de la Confrérie de Saint Georges ont dignement fêtés leur 456ième anniversaire par ce fait unique.

 

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Nous laissons la conclusion de cette après midi mémorable à Charles Fidani (caballero de 1947 à 1970)

«  C'est dommage que le Père Joseph (Calais) soit retiré, la petite a du talent ».

 

Remerciements pour les souvenirs partagés à Maryse et Jean Pierre (Fidani Eyraud), Jean Pierre Ricard (ancien mayoral de François André).

 

 

 

Samedi 2 mars 2019

 

Jacques Lanfranchi « El Kallista ».

 

Photos 1 R Pede Rencino et O Villella

Photos 2,3,4 DR

 

Bibliographie :

 

Rétrospective CTPR Méjanes 1968

Histoire des Reines d'Arles Michèle Gil Equinoxe 1999.

 

 

  1. Emma la caballera mourut tragiquement sur la route de Bellegarde le 7 août 1944 lors d'un mitraillage

  2. Sous l'ancien régime Demoiselle était un titre de noblesse, équivalent à celui d'écuyer .

1. mars, 2019

Article du Journal la Provence du samedi 23 février 2019 mettant en exergue la qualité de la prestation littéraire de l’association, décrivant la revue annuelle et ses définitions, mais encore l’aspect pédagogique relatif au devoir de transmission qu’une association chenue et respectable comme MAyT se doit d’avoir vis-à-vis de la jeunesse, tant relativement à la matière taurine que littéraire. Ce déplacement, lointain pour certains, était assorti de visites d’élevages, comme les annonces à la participation les décrivaient pour le bonheur des aficionados sociaux et des ganaderos. Comme d’ailleurs la Provence le détaille, de nombreuses personnalités ont honoré de leurs présences les différentes parties du programme chargé du week-end.

24. févr., 2019

COMMEMORATION ET CHANGEMENT D’ÉPOQUE

 

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COMMEMORATION

ET

CHANGEMENT D'EPOQUE

 

 

La Grand' Guerre, la Der des Ders, en quelques chiffres le conflit 1914-1918, atteste de l'ampleur du désastre humain et social . Dix neuf millions d'hommes sacrifiés, trois mille invalides en France : Gueules cassées, aveugles de guerre, veuves, pupilles de la Nation. Vies brisées, la moitié des jeunes de vingt ans sont morts au Front.

Dés 1919, les manifestations au profit des Poilus, des Mutilés , des orphelins vont se succéder à un rythme soutenu, des monuments aux morts aux cérémonies du souvenir avec des fortunes diverses (1).

Le 27,28,29, et 30 septembre la ville de Parentis en Born ne déroge pas à la règle avec les fêtes de la Reconnaissance offertes aux Anciens Combattants par le Conseil Municipal, et l'adjoint faisant fonction de maire : Mr Rolland Portalier.

Ce dernier, en association avc Mr Dubecq avait créé un élevage de vaches landaises, destiné à la course éponyme « Ganaderia de la Cote d'Argent ».

Les origines étaient multiples : Parlade, Zalduendo entre autres, ce qui explique la connaissance du milieu taurin hispano-français par l'élu.

C'est sous son impulsion, que le premier magistrat (mandat de 1919 à 1944) fera remplacer les arènes en bois de la place des écoles par un édifice en dur en 1926.

Le ruedo porte son nom, et fut inauguré le 28 août 1927 par une novillada formelle (2).

Les festivités pour cet automne 1919 comportent plusieurs volets.

Une partie solennelle de la Commémoration : retraite aux flambeaux, office religieux, cérémonie du Souvenir et les inévitables salves d'artillerie.

Des manifestations plus légères, dans un inventaire à la Prévert, se mêlent : régates à l'aviron et voile sur le lac, concerts par la Société Musicale Municipale, grand bal avec Dames et Cavaliers (sic), feux d'artifices, courses de bicyclette.

Les traditionnelles agapes landaises sont gratuites pour les anciens combattants.

Le dimanche 28 et le lundi 29 verront se dérouler le volet taurin.

Deux courses hispano-provençales , à connotation espagnole qui sont les premières à Parentis, après Guerre.

Quinze jours plus tôt, Bayonne l'avait précédé de manière flamboyante (3), la mise en connaissance du programme sur quatre jours, auprès du public se fait par voie d'affiche.

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Premier document ( format 48,5 x 20,5 cm) est issu de l'imprimerie Jose Ortega à Valencia intitulé «  Toros Y Mayorales en el campo », la conception picturale est l’œuvre de Daniel Perea Y Rojas.

C'est un des génies de la peinture taurine, il collabora au mythique périodique « La Lidia ».

C'est un spécialiste des scènes rurales, avec maniement du bétail. Son pinceau met en valeur la plastique animale en mouvement.

Cette thématique était celle de Marcellino de Inceta avec une prédilection pour les scènes équestres.

Cette affiche est au catalogue depuis la fin du 19ième siècle. Cette chromolithographie (multiples passages pour les couleurs), arrive sans texte . La typographie à l'encre noire est réalisée par l'imprimerie J Pindat 73 rue gambetta à Mont de Marsan.

Compte tenu de sa taille, elle est certainement réservée à l'information sur la voie publique.

 

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Deuxième document (21x27) : l’infographisme est entièrement réalisé par l'imprimerie montoise, autour de la photo du matador français « Pouly III », impression à l'encre noire sur fond gris, la colorisation est plus discrète, l'ensemble est surligné par une liseret floral.

 

Sa taille modeste la destine à des annonces intérieures, dans les commerces.

Dans les deux affiches, la police de l'écriture et les caractères gras mettent en exergue les événements taurins.

 

Pierre Boudin « Pouly III » est le fils d'Amboise Bresillon Boudin (Pouly II) et petit fils d’Étienne Boudin ( Pouly I).

Ce dernier est le père de la Dynastie tarasconnaise, mais aussi l'inventeur en 1870 de la Course Hispano-provençale (Sud Est). Le pendant de ce type de manifestation dans la Sud Ouest est la Course Hispano Landaise, dont le landais Pierre Cazenabe,« Félix Robert » est le principal concepteur.

Le tout est regroupé sous l’appellation contrôlée de «  Course Hispano-française ».

Ce type de spectacles connut son apogée au milieu du 19ième jusqu'au tiers du 20ième (1860-1935).

Les hommes sont équipés d'un costume dont la partie supérieure est dérivée de la chaquetilla (veste du costume de lumières), un pantalon blanc dans le Sud Ouest ; une forme de taleguilla dans le Sud Est. Béret et moustaches complètent l'équipement.

Il faut noter que le chaussage est différent en fonction du rôle imparti, les sauteurs sans perche ont des ballerines, les sauteurs avec perche des brodequins à haute tige.

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La partie hispanique comporte des jeux de cape (dite du manteau), passes de muleta. Ces deux éléments de la lidia sont souvent réservés au chef de quadrille, voire au sous chef.

La suerte des banderilles est partagée.

La pose du simulacre de mort, soit un flot de rubans assimilable à une devise, fixé sur un harpon, le tout est fiché dans le garrot de l'animal. Cela peut être réalisé avec une banderille (ancêtre du geste de l'indulto?).

Il n'y a pas de mise à mort, ni de tiers de pique.

Dans le cas où il y aurait une estocade, c'est l'appellation capea de muerte qui est utilisée.

La partie provençale comporte la pose des cocardettes ( petites cocardes enduites de poix) sur le frontal, des rasets et des sauts de pied ferme (périlleux, de la mort:salto arrière) ou de perche (garrocha).

Quelques spécialités espagnoles, telle le salto de Testuz : saut avec le pied d'appel entre les cornes (sic) peuvent être utilisés.

Dans la version landaise, les écarts remplacent les rasets et les sauts sont plus nombreux.

Pierre Pouly a tué son premier toro (élevage Théodore Laugier) à Arles sur Tech le 20 octobre 1913.

En 1918, il est mobilisé au troisième chasseur d'Afrique à Tarascon sur Rhône. Il sera réformé pour faiblesse de constitution : Une « tartarinade ».

En 1919, il a vingt ans, il reprend les spectacles taurins après quatre ans d'interruption. Il participera à treize novilladas (sans mise à mort) à Marseille, Arles, Sète, Beaucaire, Nîmes...

Il sera blessé deux fois par des toros de Desfonds à Saint Rémy de Provence et Vichy.

La cuadrilla annoncée est en fait un quadrille (quatre hommes) :

Marius Campanier, marseillais, il a 24 ans.

Il banderille, rasete, saute à la perche. C'est un héros de guerre, il est emprisonné après la reddition héroïque du Fort de Vaux à Verdun.

Manuel Jimenez « Sastre », il accuse 50 printemps et trente cinq ans de métier. C'est l'homme de confiance.

Manuel Sanchez Garcia  « Manolé » , le valencien est attaqueur (il pare les bêtes à la sortie du toril).

Fermin Bermedo « Valentin » : catalan, il est sauteur et banderillero.

Les toros ne sont pas annoncés, des croisés (Camargue Espagnol) Famille Pouly peu probable, Veuve Viret, Desfonds?certainement un des deux. Ils ne sont pas tués, le classique toro emboulé pour les amateurs en fin d'après midi.

Pierre Pouly grâce à « Valentin » représentant en Espagne de son père Amboise, aura l'opportunité dès 1920 de commencer sa carrière de novillero de l'autre côté des Pyrénées.

Le 18 juillet , il se présente à Madrid (4).

Le 7 août 1921 à Barcelone, il devient le deuxième matador français d'alternative après le landais Félix Robert.(5)

La corrida hispano-française a permis l'éclosion de ces deux toreros. Ce type de spectacles que certains considèrent comme mineur, ne sont 'ils pas le chaînon manquant entre nos traditions locales et la course à l’espagnole ?

La prochaine alternative sera celle de Pierre Schull en 1958.

La Belle Époque est finie, c'est le début des Années Folles, pour les pragmatiques « l'Entre Deux Guerres ».

 

Dimanche 24 Février 2019

 

Jacques Lanfranchi « El Kallista »

 

Merci à Catherine Bouchard Portalier (petite fille!) et à Michel Benito pour le prêt des deux affiches.

Merci technique à Marc Thorel pour son article « Savoir décrypter une affiche » Gazette Ubtf n°40 (2009).

 

 Notes

1) Le Prix Goncourt 2013 « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre traite de ce sujet.

2) Toros de Viret pour Manuel Campos « Manolé », Rodriguez Rufo, Francisco Castel, novillada non piquée.

3)Toros de Palha pour Agustin Garcia « Malla », Diego Masquiaran « Fortuna », unique corrida lidée en France en 1919, trois toros mise à mort, puis arènes de Lachepaillet incendiées.

4)Toros de Netto Revello, Juan Sanchez « Jumillano », Juan Gonzales Martinez « Almanseño 2 »

5) Toro « Bonito » de Estaban Hernandez, parrain Juan Silveti « El Tigre », témoin : Carnicerito de Malaga.

Bibliographie

La Tauromachie moderne , Léonce André « Plumeta » 1913

Les Toreros Français « Marius Campanier » Raphaël Dumont 1921

Un Français dans l'arène Pierre Pouly, Louis Gilbert Delacroix 1962

La Course espagnole à Parentis en Born (master 2 Histoire) Alban Gardos 2014