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DE GLACE ET DE SABLE :

Toros au VEL D'HIV

 

 

 L'évocation du Vélodrome d'hiver, à Paris (Vel d'hiv) est toujours sélective.

Pour l'aficionado « aux sports », les foules qui se rendaient Rue Nelaton (15ième) par le métro Grenelle aujourd'hui Bir Hakheim de 1910 à 1959 avaient des motivations différentes.

L'antre du Vel d'hiv verra défiler les adeptes du patin à roulettes sur parquet (ancêtre du roller), puis la vraie glace, pour le hockey et l'Art : la revue américaine « Holiday on Ice » s'y produira en 1948.

Les inconditionnels de la « petite reine », en feront un temple avec « La course des six jours », une majesté était élue pour l’événement et choisie dans le milieu du spectacle : Edith Piaf , Annie Cordy, Yvette Horner...L'animation musicale étant assurée !

 

Les sports de combat se taillent une belle part, détrônant la salle Wagram, le catch s'installe avec l' Ange Blanc, le Bourreau de Béthune, King Kong... et les commentaires radiotélévisés adéquats.

La boxe écrira quelques lettres de noblesse, notamment le 30 septembre 1942, Marcel Cerdan deviendra champion d'Europe devant José Ferrer. L'espagnol se présentera sur le ring avec un peignoir frappé d'une croix gammée et le salut franquiste.

La réalité va dépasser la fiction.

 

Pour l'aficionado à l'Histoire, spécialiste de la deuxième guerre mondiale à Paris. C'est le côté noir du Vélodrome.

Le 16 et 17 juillet 1942 (quelques semaines avant le match de boxe) c'est l'opération « Vent Printanier », qui passera à la postérité sous l'appellation « Rafle du Vél D'hiv ».

7000 personnes (tous âges confondus ) sont rassemblées dans l'enceinte en tant que Juifs apatrides et étrangers résidant à Paris ; puis dirigés par train vers les camps d'extermination.

 

L'aficionado a los Toros a beaucoup de difficultés à aborder la question taurine après ce terrible épisode.

De 1942 à 1949 plusieurs spectacles vont se dérouler dont trois retiennent l'attention.

 

Le 5 et 6 septembre 1942, à l'intérieur d'une cage (1) et sur un sol recouvert d'un tapis, qui donnera la célèbre appellation d'un critique et auteur taurin : Paco Tolosa « la corrida sur tapis brosse », vont se produire : José Parradas, José Piles (père du matador Robert Pilés) et Emma Calais.

 

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La caballera en plaza, montée sur «  Sultan » (seul rescapé des réquisitions allemandes) devant les occupants médusés, va déployer un drapeau français, après la pose de javeline (simulacre de mort). Elle déclenche une Marseillaise « a capella », et échappe de justesse à l'emprisonnement, le médecin (patriote) invoquant une grave blessure, nécessitant une évacuation par ambulance. Cette dernière s'arrêtera en zone libre. Les toros : Nou de la Houpelière?

 

Le dimanche 7 juillet 1943

C'est une course au simulacre de mort, pour quatre pupilles de Pierre Saurel (origine Barraquant- Durand- Lescot).

Le bétail a quitté le mas de la Sonde (Fos), aujourd'hui le lieu est occupé par des bâtiments industriels.

Au cartel José Valles Gascon « Chato de Movera » de Saragosse et Luis Muñoz de Madrid (futur créateur de l'école taurine d'Arles en 1950). 

 

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Les deux novilleros font partie de la diaspora espagnole, réfugiée à Arles, le sobresaliente est José Piles, idem mais à Nîmes.

Il y a un toro emboulé pour les amateurs.

 

 

Le 6 et 7 mai 1949 

C'est un chant du cygne, printanier pour le dernier spectacle taurin au Vélodrome d'hiver.

C'est sur un surprenant « Sambre et Meuse » (marche militaire commémorant une victoire française sur les Autrichiens) interprété par la musique de la Ville de Paris, que s'ébroue le paseo.

Conchita Cintron, c'est l'automne de sa saga taurine . Après le Portugal et l'Espagne, elle va toréer à Dax, Béziers, Bordeaux, Toulouse, Arles de 1948 à 1950 où elle achèvera sa carrière.

La déesse blonde affrontera quatre toros de Villamarta, soigneusement choisis par son mentor Martial Lalanda.

La cavalière chilienne va toréer à pied les bichos, lors du dernier tiers (pas de mise à mort).

 

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Angel Luis Mejias Jimenez : « Angel Luis Benvenida », il est le cinquième fils du « Papa Negro » . Il est matador de toros depuis le 11 mai 1944 (Madrid). Il excelle avec les banderilles.

Julio Perez « El Vito », il a passé le doctorat le 1 septembre 1946 à Valencia.

Il fut un banderillero de légende, dans la cuadrilla de Jaime Ostos, en compagnie du sévillan Luis Gonzales (2).

Les deux toreros affrontent les pupilles de Tulio Vasquez.

Malgré l'affiche, cette course au simulacre de mort est qualifiée par la fraction canal historique du Club Taurin de Paris, d’exhibition par voie de presse dans le Monde et l'Humanité (sic).

 

Le Vel d'Hiv fut détruit en 1959 pour cause de « Front de Seine » : construction d'immeubles.

Nos toros espagnols, selon une légende entretenue coulèrent des jours heureux en Camargue, auprès d'autochtones femelles après cet intermède parisien- chut !

 

Brindis à deux aficionadas a los Toros et compañeras de voyage MYRIAM et DELPHINE du Club Taurin de Paris.

 

Samedi 16 mars 2019

Jacques Lanfranchi « El Kallista »

 

  1. Jeff Dickson, un des exploitants du Vel d'Hiv, avant la deuxième Guerre Mondiale avait acheté 100 lions (entre autres bêtes) à un cirque italien en faillite. La cage était obligatoire.

  2. In Les Oreilles et la Queue, Jean Cau (1961)

     

Bibliographie :

  • Emma la Caballera, René Baranger 1959

  • Paris Passé, Paris Perdu PW 1949, 2014

  • Des taureaux à Paris , Joël Bartolotti, Pierre Dupuy UBTF 2015

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