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COMMEMORATION

ET

CHANGEMENT D'EPOQUE

 

 

La Grand' Guerre, la Der des Ders, en quelques chiffres le conflit 1914-1918, atteste de l'ampleur du désastre humain et social . Dix neuf millions d'hommes sacrifiés, trois mille invalides en France : Gueules cassées, aveugles de guerre, veuves, pupilles de la Nation. Vies brisées, la moitié des jeunes de vingt ans sont morts au Front.

Dés 1919, les manifestations au profit des Poilus, des Mutilés , des orphelins vont se succéder à un rythme soutenu, des monuments aux morts aux cérémonies du souvenir avec des fortunes diverses (1).

Le 27,28,29, et 30 septembre la ville de Parentis en Born ne déroge pas à la règle avec les fêtes de la Reconnaissance offertes aux Anciens Combattants par le Conseil Municipal, et l'adjoint faisant fonction de maire : Mr Rolland Portalier.

Ce dernier, en association avc Mr Dubecq avait créé un élevage de vaches landaises, destiné à la course éponyme « Ganaderia de la Cote d'Argent ».

Les origines étaient multiples : Parlade, Zalduendo entre autres, ce qui explique la connaissance du milieu taurin hispano-français par l'élu.

C'est sous son impulsion, que le premier magistrat (mandat de 1919 à 1944) fera remplacer les arènes en bois de la place des écoles par un édifice en dur en 1926.

Le ruedo porte son nom, et fut inauguré le 28 août 1927 par une novillada formelle (2).

Les festivités pour cet automne 1919 comportent plusieurs volets.

Une partie solennelle de la Commémoration : retraite aux flambeaux, office religieux, cérémonie du Souvenir et les inévitables salves d'artillerie.

Des manifestations plus légères, dans un inventaire à la Prévert, se mêlent : régates à l'aviron et voile sur le lac, concerts par la Société Musicale Municipale, grand bal avec Dames et Cavaliers (sic), feux d'artifices, courses de bicyclette.

Les traditionnelles agapes landaises sont gratuites pour les anciens combattants.

Le dimanche 28 et le lundi 29 verront se dérouler le volet taurin.

Deux courses hispano-provençales , à connotation espagnole qui sont les premières à Parentis, après Guerre.

Quinze jours plus tôt, Bayonne l'avait précédé de manière flamboyante (3), la mise en connaissance du programme sur quatre jours, auprès du public se fait par voie d'affiche.

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Premier document ( format 48,5 x 20,5 cm) est issu de l'imprimerie Jose Ortega à Valencia intitulé «  Toros Y Mayorales en el campo », la conception picturale est l’œuvre de Daniel Perea Y Rojas.

C'est un des génies de la peinture taurine, il collabora au mythique périodique « La Lidia ».

C'est un spécialiste des scènes rurales, avec maniement du bétail. Son pinceau met en valeur la plastique animale en mouvement.

Cette thématique était celle de Marcellino de Inceta avec une prédilection pour les scènes équestres.

Cette affiche est au catalogue depuis la fin du 19ième siècle. Cette chromolithographie (multiples passages pour les couleurs), arrive sans texte . La typographie à l'encre noire est réalisée par l'imprimerie J Pindat 73 rue gambetta à Mont de Marsan.

Compte tenu de sa taille, elle est certainement réservée à l'information sur la voie publique.

 

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Deuxième document (21x27) : l’infographisme est entièrement réalisé par l'imprimerie montoise, autour de la photo du matador français « Pouly III », impression à l'encre noire sur fond gris, la colorisation est plus discrète, l'ensemble est surligné par une liseret floral.

 

Sa taille modeste la destine à des annonces intérieures, dans les commerces.

Dans les deux affiches, la police de l'écriture et les caractères gras mettent en exergue les événements taurins.

 

Pierre Boudin « Pouly III » est le fils d'Amboise Bresillon Boudin (Pouly II) et petit fils d’Étienne Boudin ( Pouly I).

Ce dernier est le père de la Dynastie tarasconnaise, mais aussi l'inventeur en 1870 de la Course Hispano-provençale (Sud Est). Le pendant de ce type de manifestation dans la Sud Ouest est la Course Hispano Landaise, dont le landais Pierre Cazenabe,« Félix Robert » est le principal concepteur.

Le tout est regroupé sous l’appellation contrôlée de «  Course Hispano-française ».

Ce type de spectacles connut son apogée au milieu du 19ième jusqu'au tiers du 20ième (1860-1935).

Les hommes sont équipés d'un costume dont la partie supérieure est dérivée de la chaquetilla (veste du costume de lumières), un pantalon blanc dans le Sud Ouest ; une forme de taleguilla dans le Sud Est. Béret et moustaches complètent l'équipement.

Il faut noter que le chaussage est différent en fonction du rôle imparti, les sauteurs sans perche ont des ballerines, les sauteurs avec perche des brodequins à haute tige.

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La partie hispanique comporte des jeux de cape (dite du manteau), passes de muleta. Ces deux éléments de la lidia sont souvent réservés au chef de quadrille, voire au sous chef.

La suerte des banderilles est partagée.

La pose du simulacre de mort, soit un flot de rubans assimilable à une devise, fixé sur un harpon, le tout est fiché dans le garrot de l'animal. Cela peut être réalisé avec une banderille (ancêtre du geste de l'indulto?).

Il n'y a pas de mise à mort, ni de tiers de pique.

Dans le cas où il y aurait une estocade, c'est l'appellation capea de muerte qui est utilisée.

La partie provençale comporte la pose des cocardettes ( petites cocardes enduites de poix) sur le frontal, des rasets et des sauts de pied ferme (périlleux, de la mort:salto arrière) ou de perche (garrocha).

Quelques spécialités espagnoles, telle le salto de Testuz : saut avec le pied d'appel entre les cornes (sic) peuvent être utilisés.

Dans la version landaise, les écarts remplacent les rasets et les sauts sont plus nombreux.

Pierre Pouly a tué son premier toro (élevage Théodore Laugier) à Arles sur Tech le 20 octobre 1913.

En 1918, il est mobilisé au troisième chasseur d'Afrique à Tarascon sur Rhône. Il sera réformé pour faiblesse de constitution : Une « tartarinade ».

En 1919, il a vingt ans, il reprend les spectacles taurins après quatre ans d'interruption. Il participera à treize novilladas (sans mise à mort) à Marseille, Arles, Sète, Beaucaire, Nîmes...

Il sera blessé deux fois par des toros de Desfonds à Saint Rémy de Provence et Vichy.

La cuadrilla annoncée est en fait un quadrille (quatre hommes) :

Marius Campanier, marseillais, il a 24 ans.

Il banderille, rasete, saute à la perche. C'est un héros de guerre, il est emprisonné après la reddition héroïque du Fort de Vaux à Verdun.

Manuel Jimenez « Sastre », il accuse 50 printemps et trente cinq ans de métier. C'est l'homme de confiance.

Manuel Sanchez Garcia  « Manolé » , le valencien est attaqueur (il pare les bêtes à la sortie du toril).

Fermin Bermedo « Valentin » : catalan, il est sauteur et banderillero.

Les toros ne sont pas annoncés, des croisés (Camargue Espagnol) Famille Pouly peu probable, Veuve Viret, Desfonds?certainement un des deux. Ils ne sont pas tués, le classique toro emboulé pour les amateurs en fin d'après midi.

Pierre Pouly grâce à « Valentin » représentant en Espagne de son père Amboise, aura l'opportunité dès 1920 de commencer sa carrière de novillero de l'autre côté des Pyrénées.

Le 18 juillet , il se présente à Madrid (4).

Le 7 août 1921 à Barcelone, il devient le deuxième matador français d'alternative après le landais Félix Robert.(5)

La corrida hispano-française a permis l'éclosion de ces deux toreros. Ce type de spectacles que certains considèrent comme mineur, ne sont 'ils pas le chaînon manquant entre nos traditions locales et la course à l’espagnole ?

La prochaine alternative sera celle de Pierre Schull en 1958.

La Belle Époque est finie, c'est le début des Années Folles, pour les pragmatiques « l'Entre Deux Guerres ».

 

Dimanche 24 Février 2019

 

Jacques Lanfranchi « El Kallista »

 

Merci à Catherine Bouchard Portalier (petite fille!) et à Michel Benito pour le prêt des deux affiches.

Merci technique à Marc Thorel pour son article « Savoir décrypter une affiche » Gazette Ubtf n°40 (2009).

 

 Notes

1) Le Prix Goncourt 2013 « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre traite de ce sujet.

2) Toros de Viret pour Manuel Campos « Manolé », Rodriguez Rufo, Francisco Castel, novillada non piquée.

3)Toros de Palha pour Agustin Garcia « Malla », Diego Masquiaran « Fortuna », unique corrida lidée en France en 1919, trois toros mise à mort, puis arènes de Lachepaillet incendiées.

4)Toros de Netto Revello, Juan Sanchez « Jumillano », Juan Gonzales Martinez « Almanseño 2 »

5) Toro « Bonito » de Estaban Hernandez, parrain Juan Silveti « El Tigre », témoin : Carnicerito de Malaga.

Bibliographie

La Tauromachie moderne , Léonce André « Plumeta » 1913

Les Toreros Français « Marius Campanier » Raphaël Dumont 1921

Un Français dans l'arène Pierre Pouly, Louis Gilbert Delacroix 1962

La Course espagnole à Parentis en Born (master 2 Histoire) Alban Gardos 2014