29. mai, 2017

L’incompréhensible aveuglement.

Que faut il faire pour émouvoir le public et la présidence madrilène si on est torero mexicain ?Avant hier Joselito Adame, LE torero du Mexique s’il en est, a tout tenté face à un toro armé comme un cuirassé, il s’est planté devant lui, droit et le menton dans le jabot, les deux mains tenant la muleta devant lui, faisant passer et repasser l’animal sans bouger d’un centimètre. Suivirent des séries d’un sérieux incontestable et d’une honnêteté parfaite. Il termina son « travail » muletero (on est à Madrid, ici on travaille quand on torée), offrit son corps aux cornes dans des bernardinas sans reproche.

Pas totalement satisfait de cette supériorité sur un animal médiocre mais présent, le matador d’Aguascalientes tenta alors le tout pour le tout.

Il jeta loin de lui la muleta, se plaça face au toro, épée en main, levée à hauteur des yeux, comme pour juger avec précision l’endroit à atteindre, en plongeant derrière les armures, enfonçant son épée jusqu’à la garde, appuyé de tout son corps jusqu’à faire tomber l’animal; et, s’écroulant lui-même, le torero reçut sur ses jambes l’arrière train du toro qui s’effondrait.

Les reproches que l’on fait aux téméraires et aux plus courageux ont alors animé les « réseaux sociaux », comme si mettre sa vie en danger n’était pas pour le torero un motif essentiel de son activité. Rien de suicidaire là dedans. Ca passe ou ça casse, certes ! et alors ? n’y a-t-il pas un vraie grandeur dans ce geste « inutile ? »

La conquête de l’inutile, ce sont les sources profondes de l’accomplissement personnel, la conquête de l’inutile c’est gravir un sommet, traverser un océan, seul, pour soi, pour savoir qu’on peut le faire, et que tous ceux qui ne comprennent pas cela arrêtent de se faire passer pour des aficionados.

Il y a un risque mortel dans tout affrontement de l’homme avec le taureau, la liberté de le tuer avec toutes les garanties de s’en sortir existe, voyez du côté de certains estoqueadors qui ont déjà atteint la queue du toro quand l’épée s’enfonce.

Existe aussi, en conservant un minimum d’authenticité dans ce geste cruel, la manière parfaitement engagée d’un Antonio Ferrera, d’un José Tomas, d’un Joselito Adame samedi 27 Mai à Madrid.

Qu’il ait gardé la muleta ou non ne change pas grand-chose au geste téméraire du numéro 1 du Mexique.

Voilà ce qui, sans aucun doute, justifie davantage encore la tauromachie.

Mais, j’oubliais, être mexicain à Madrid… c’est ne pas être tout à fait né !

 

Jean François Nevière

Photo : Andrew Moore