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AVIGNON, CITE TAURINE

 

 

En 1948, sur la place du Palais eut lieu la dernière mise à mort d’un toro.

En juillet, c’était la création officielle du Festival sous l’égide de Jean Vilar dont Gérard Philippe deviendra l’icône en 1951.

Comme toute grande cité taurine, Avignon jouxte un fleuve, plus exactement le confluent Rhône Durance. Ces deux cours d’eau auront une importance capitale au niveau de la fe di biou en délimitant l’un, le département Gard Vaucluse, l’autre Vaucluse Bouches du Rhône.

L’éloignement des régions d’élevage (Camargue, Crau) demande que le bétail soit escorté par les gardians, jusqu’au lieu de fête : l’abrivado.

Ce type d’événement inspira le Marquis Folco de Baroncelli Javon, pour sa première nouvelle «  Babali » en 1889 (1).

L’origine officielle des manifestations taurines, dans la cité des Papes, fut le 27 août 1769, lors de la fête Saint Louis dans les arènes en bois de l’enclos Saint Roch. L’appellation d’origine contrôlée : course de toros se confirma le 19 août 1823 à Champfleury.

 

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Depuis la fin du XVIII ième siècle, plusieurs divertissements hétéroclites très prissés par la société avignonnaise s’étaient déroulés dans la ville comtadine : combats de taureaux avec dogues anglais, ours, voire cruel loup…

La promiscuité de la région gardoise vit un chassé croisé des manifestations avec cornupèdes entre les deux départements.

Au gré des interdictions préfectorales pas toujours communes, mais à l’avantage de celle du Vaucluse, il est vrai que de nombreuses rixes entre Avignonnais et Villeneuvois émaillèrent souvent la fin des spectacles taurins.

En 1825 sont édifiées les premières arènes à Bagatelle sur l’île de la Barthelasse ; en contrebas du Pont Daladier, elles ont une capacité de 1200 places.

Les scenarii sont multiples : arrachage d’un flot de rubans accroché au garrot du taureau, pratique de la suerte de Mancornar (arrêt du taureau à mains nues, enserrant les cornes), sauts divers et variés, numéros comiques, notamment le jeu du mannequin sur pied.

Le final est plus « musclé », une grande partie du public descend en piste, les hommes sont équipés de cannes de ceps (lambrusquière), voire de « dards empenés », le dernier tiers s’avérant terrible !

Le pasteur Froissard (2) qualifiait ce spectacle de mesquin et dégouttant, la presse de féroces amusements dignes des sarrasins…

Dés 1853, le Ministre de l’intérieur permet les courses de taureaux dans toutes les régions comprises au Sud, d’une ligne tirée de Bordeaux à Avignon. (3).

Deux courses sont offertes en septembre et octobre sur le champ de mars à l’île de la Barthelasse.

Toréadors espagnols et amazones de la troupe du « señor Garcia » pratiquent respectivement : Jeux du manteau (cape), sauts à la Perche, poursuite des taureaux à cheval agrémentés de quelques phases comiques.

Les manifestations sont de plus en plus éclectiques : une course landaise en 1862, des toros sardes connus pour leur sauvagerie et leur audace (sic).

L’avènement des courses hispano-provençales, inventées par la dynastie Pouly verra la venue des élevages de Mas Thibert : Bancel et les croisés de Yonnet.

La fin du 19 ième siècle , la tradition taurine va s’étendre aux cités autour d’Avignon : le Pontet, Sorgues, Le Thor, Cavaillon, lors de leurs fêtes votives.

En août 1864, le préfet du Vaucluse Bohat interdit les courses dans sa circonscription, suite à une cornada mortelle sur le boucher Marius Delorme.

Deux décades de sevrage, exil chez le voisin gardois : Villeneuve les Avignon, il dure jusqu’en 1886.

En 1889 est créée la Société taurine d’Avignon : Le Frascuelo club en hommage à Salvador Sanchez Povedano.

Un chef de quadrille espagnol Francisco Laroso dit « Frascuelo » avait toréé en 1886-1887, dans la cité des Papes, simple homonymie ?

Le club est novateur, il forme des  aficionados (practicos?), il organise des ferrades en Camargue, remet des prix en fin de saison. Les membres se déplacent à Nîmes, à Arles.

En 1893, le 27 août, les matadors Francisco Granja « Carrita » et Juan Noble El Chiclanero (4) « estoquent » deux toros à Bagatelle.

En 1894, le lundi de Pentecôte, le marseillais Nicolas Mallet sous l’apodo « Alvarez » meurt après une cornada.

En 1897, les Arènes de Bagatelle sont détruites et reconstruites plus tard au Nord.

 

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L’impresario Dide de Nîmes inaugurera avec Enrique Vargas Gonzalez « Minuto », Jose Rodriguez Sanchez « Bebe Chico », tous deux anciens de la troupe « Los Niños sevillanos ». Le troisième est Julio Aparicio « Fabrilo », il sera tué à Valence en mai.

En septembre, le quadrille des « Niñas barceloneses » les Noyas se produira dans le nouveau ruedo.

L’équipe 100% féminine, sous la houlette de Dolores Petrel « Lolita » et Angela Pages « Angelita » se présentera à la plaza Bucarelli de Mexico, del Retiro à Buenos aires puis à Campo Evskado à Montevideo de 1898 à 1899.

Les arènes de la Barthelasse voient leurs spectacles se déliter. La partie espagnole est gérée par l'ancien torero Canita. La course libre par le Marquis de Baroncelli Javon fidèle à sa maxime :

" Les taureaux sont la dernière citadelle intacte de notre liberté méridionale".

Le lundi de Pâques 1914, le jeune Pierre Boudin (15 ans) dit Pouly III estoque un toro de Théodore Laugier (dit Boulègue). Il met un terme officiel, symbolique et digne à l'histoire taurine de la cité des Papes (5).

La richesse agricole du Comtat Venaissin : véritable huerta et la manne financière qui l’accompagne, permettent la transmission du flambeau taurin, à d’illustres voisins, de l’autre côté de la Durance : Châteaurenard.

Corrida, pièce de théâtre de Wladyslaw Znorko est présentée en 1999, lors du festival, au cloître des carmes.

«  C’est l’histoire d’un voyage, dont le chemin efface la destination ».

 

Jacques Lanfranchi

« El Kallista »

Le 28/07/2018 (nuit de lune rouge)

  1. Idylle entre le gardian Varadet de Sylvéréal, et la teinturière d’indiennes Babali d’Avignon. Ils se rencontrent lors de la traversée d’une manade de taureaux dans la Durance (gase).

  2. Pasteur Emilien Frossard, tableau pittoresque, scientifique et moral de Nîmes et ses environs à quarante lieux à la ronde 1834.

  3. Les arènes de Bordeaux Bouscat fermèrent en Juillet 1961, pour mauvais état des lieux. Floirac vit une reprise des spectacles de 1987 à 2006.

  4. El Chiclanero : homonyme de Jose Redondo Rodriguez, né à Chiclana de la Frontera le 15 juillet 1867 et décédé en 1950 à Chateaurenard où il repose.

  5. Deux spectacles furent organisés (sans mise à mort),

- le 7 mars 1985 à Château Blanc, parc des expositions à l’initiative de Monsieur Bonnici, président de l’Union Taurine Avignonnaise, une tienta de bétail Granier Frères et François André, piquero Sebastian, toreros : Joël Matray,El Tito, José Manrubia, S F Meca, El Andaluz, Jean Marie Bourret, San Gillen, Gérald Pellen.

- le 26 janvier 1986, à Cheval Passion : Six novillos de François André pour Manuel Vidrié (bléssé), Joan Moura, Jacques Bonnier, Gérald Pellen et les forcados.

Crédits photos

1 R Blanchard

2 Archives municipales Avignon

3 Collection F. Beau

Bibliographie :

  • Babali , nouvelle (provençal-français) Folco de Baroncelli Javon Editions Roumanille 1890

  • La fiesta brava en Mexico-España 1519- 1969 Heriberto Lanfranchi premier trimestre 1971

  • Les courses de taureaux à Avignon , chez l’auteur Alain Maureau quatrième trimestre 1971