9. sept., 2018

Mais ou va-t-on donc aller ?

Personnellement cela fait déjà un long moment que cette interrogation me taraude l’esprit et je découvre de plus en plus et avec intérêt le fait que je ne suis pas le seul à me questionner sur le sujet. 

Une discussion avec des amis aficionados de verdad, hier soir, me pousse à émettre ce cri de détresse exprimant la grande lassitude et l’attitude totalement désabusée d’une très grande partie de l’aficion actuelle. Je vais essayer d’être fidèlement l’interprète des propos échangés entre la poire et le fromage.

Ne restent que « ceux qui ont vu de la lumière et qui sont rentrés », les affidés, les subventionnés, les employés, les disciples du système et ceux gravitant autour de la « gamelle » à se réjouir de l’état lamentable dans lequel se trouve la tauromachie sur notre continent. Notre pays n’est, en effet, pas le seul a être « malade »…l’Espagne, qui vouait à la France de grands espoirs relatifs à la survie de notre passion, se trouve elle aussi dans un état de sclérose encore plus attristant.  

Tous les bastions sont tombés ou en train de tomber… Bilbao est tombée il y a quelques années déjà, Vic et Céret tentent de survivre avec des prestations en dent de scie, une année bonne pour deux ou trois de totalement insipides. Et d’aucun voudraient que Vic copient les autres plazas en faisant rentrer des figuras !!! Même les toros de la vallée de la peur, de Cénicientos, ne sont plus les toros d’antant ! Tout s’affadit, tout est dilué, plus d’émotion, moins de risques, moins de frissons….

Cette discussion s’est faite jour relativement à des propos d’un commentateur radio qui, à l’annonce de la fin de carrière de Jean Baptiste, déclarait que celui-ci était numéro deux, ce qui n’est pas rien ( je cite )…on s’est posé la question de savoir numéro deux de quoi ? et bien, après Enrique Ponce, JB était le torero à avoir le plus indulté ( grâcié ) de toros dans sa carrière ! Comme si, un acte qui devrait représenter véritablement l’exception, se multipliant comme des métastases, pouvait être considéré comme un exploit !

La faute à qui, me direz-vous ? Pour trouver un début d’explications, il faut remonter le temps jusqu’à Manuel Flores Cubero «  Camara », apoderado de Manolete extrêmement influent dans le mundillo, par ailleurs « bandit de grand chemin », à l’origine de la disparition de la ganaderia de Pablo Romero, promulgateur massivement de l’afeitado qui, à un moment a décrété que le calendrier des toreros devait être bouclé, pour la temporada à venir, à compter de février ! Auparavant les contrats se gagnaient dimanche après dimanche ou plus exactement course après course. D’un seul coup, ils ont su qu’ils avaient mettons 30, 40 ou 50 ou bien pire, comme Jesulin de Ubrique, champion du monde toutes catégories, qui avait eu au commet de sa gloire féminino-taurine 182 contrats ! Alors imaginez-vous bien que, pour ne pas permettre aux jeunes pousses d’éclore, afin de ratisser le sol au plus profond, lorsqu’ils toréent à Trifouilly les Oies et que le lendemain ils ont des contrats dans de grandes places, il est hors de question de prendre un risque ne serait-ce que minime, au même titre que l’assurance interdit aux grands sportifs de pratiquer un sport autre que le leur ! et même si le toro permet !

L’acceptation par les empressas du diktat des toreros a rajouté au tableau. Une vedette demandée à tel endroit impose son plateau complet, les toros, les toreros tout ! Donc les toros manquent de nos jours, dans les grands cartels, de trapio, de tamaño, de force et de bravoure, excusez du peu !

Ce phénomène met à mal les ganaderias de toros "durs" que je qualifierais de "normaux", simplement, édiemment, un éleveur qui ne vend pas ne peut vivre... Donc les encastes disparaissent les uns après les autres, Atanasio, Coquilla etc...

Dans ces conditions, pour ma part, plus aucun intérêt à courir les ruedos de France et de Navarre ! Additionnez les notes de carburant, d’hôtel, de restaurant et d’entrées à la plaza ou en France, le niveau de prix est honteusement élevé et vous avez un énorme chapeau sur le ras le bol d’être pris pour le pigeon de passage !

Cela durera ce que cela durera, mais pas longtemps. Beaucoup se plaignent ( et même les dits affidés ) de la désaffection des arènes ! Ne cherchez pas, continuez à prendre les gens pour des abrutis, ne faites aucune pédagogie et vous finirez, comme je dis toujours, avec des banderilles sans harpon remplacés par du velcro, plus de piques, une épée en sucre d’orge dans un grand ballet de danse classique ( on a déjà troqué l’habit de lumière contre un smoking ) et des julipies généralisés. Je vous en met un beau en illustration de ce pauvre texte de désespoir !

Le tableau est alarmant, désolant et beaucoup et de plus en plus pensent comme moi.

Bernard ARSICAUD