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DIALOGUE AVEC MON JARDINIER

 

 

Film de Jean Becker (2007), titre éponyme du roman d'Henri Cueco.

Le scénario est basé sur un mano a mano entre un peintre parisien Monsieur Dupinceau (Daniel Auteuil) habitué à des dialogues du type : « J'aime bien vos tableaux période noir foncé, beaucoup plus que celle des noirs clairs... ».

Et un jardinier, Monsieur Dujardin (Jean Pierre Darroussin) qui énonce lui : « Pour faire pousser les radis, il faut des graines, du soleil, de l'eau, et de la terre ».

 Franchise, simplicité du regard posé sur le Monde ; que j'essaye d'adapter à la cause taurine.

 Pour faire des veaux (braves), il faut un toro (semental) et une vache (dite de ventre), plus tard du lait, de l'herbe, du pienso, du terrain (finca).

Bien sûr, un chef d'orchestre (le ganadero) et son second (mayoral, bayle gardian).

Ce binôme s'occupe, traite, observe et gère le troupeau (gestion pastorale).

Cette équipe détermine, également l'avenir de l'élevage, dans le cadre d'essais ( tienta, tienta de macho) , à travers les lignées (reatas), le morphotype, les familles, pour déterminer reproducteurs et reproductrices.

Si un mâle se retrouve dans un lot pour être lidié officiellement et qu'il sauve sa vie ! C'est une exception, voir une faute professionnelle (erreur) de la part de l'éleveur.

 Le Pardon de la vie (indulto) n'est permis par le règlement taurin (article 83) (1), que lors d'une corrida concours et seulement en arènes de première ou deuxième catégorie.

 Seulement en Amérique latine, « l'indultite chronique » se concevait pour permettre un rafraîchissement du sang local (avant l'avènement des techniques d’insémination et transport de la semence).

 Pour cause de course à Aignan, j'étais absent du dernier indulto dominical dans la plaza rhodanienne.

 La seule polémique, étant le président de course, ce jour là. Membre éminent de la Société Taurine La Muleta, fraction torista, canal historique (expression corse patentée).

 Il rejoint le trio des présidents « indultistes » arlésiens. Monsieur Ferrier (Toro Invincible, ganaderia Zalduendo 2001), Monsieur Louis ( Toro Pasion Garcigrande 2011) ,Monsieur Louis (Velero Domingo Hernandez 2013), Monsieur Mas (Lastimoso, Jandilla 2018).

El Juli a indulté les trois premiers, le quatrième est l'apanage d' Andy Younes.

En France de 1991 à 2001 : quatre indultos.

De 1992 à 2017 : quarante indultos.

Dont 20 fois en 2004, tout spectacle taurin confondu.

Les chiffres parlent d'eux-même.

 

Quelles sont les origines de cette banalisation ?

Un aspect trop figé de la « Fiesta Brava » entraîne le phénomène de grâce, il se veut sociologique, voire émotionnellement correct.

Un simple coup de pub, pour les différents acteurs du mundillo ?

Une flatterie d'égo, pour certains.., ?

Un acte de rédemption, un « sacrifice » bienséant par rapport aux animalistes « Vous voyez, on ne les tue pas tous, et pas toujours ».

 Un jocker, porte d'entrée vers une corrida « light » dite à la Portuguaise (qualification des antis).

 Une vision idyllique et fausse, un tribut à payer au correct...

La corrida est tragique d'essence même, c'est la vision d'un combat où la mort est toujours la conclusion, pour l'un ou pour l'autre des combattants.

Elle ne doit pas être galvaudée, sur l'autel d'un humanisme pseudo-progressiste, car elle deviendrait la négation de son existence et sa fin programmée.

 Monsieur Dujardin le jardiner, dirait dans son dialogue avec l'Aficionado : « Quand on va à la mise à mort (2), le toro est tué ».

 El Perdon Naranja doit rester exceptionnel, voire rarissime.

 

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Je persiste et signe.

 

Jacques Lanfranchi « El Kallista »

samedi 14 avril 2018

 

Je brinde ce modeste texte à

- Jacques Higelin, pour son œuvre et sa chanson « Tombé du ciel » comme la grâce de Lastimoso à Arles.

 

- Monsieur René Bujo, un des membres fondateurs du Club Taurin Vicois, un ruedo qui n'a jamais vu une grâce à ce jour..

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Notes

1) Devant l'excellente présentation, et l'excellent comportement d'un toro, dans toutes les phases du combat, à la demande conjointe du torero, du public, et avec l'acceptation de l'éleveur, le président peut assurer la vie sauve à l'animal, dans le but de préserver la Race.

 

2) Appellation ancienne pour faire le distinguo entre la course libre et la corrida, où on allait voir mourir la Bête

 

Photo 1  Acrylique sur toile 80 x 120  Olivier Suire Verley "les radis" 2005 peinture réalisée pour le film "Dialogue avec mon jardinier"

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