3. avr., 2018

Vu d'ici...Par Jean François Nevière

VU D’ICI…..

 

Chronique distanciée.

 

Pour un bon début, c’était un bon début. En janvier 2018 je n’avais plus à attendre que notre départ pour le Mexique et les corridas de l’anniversaire de la Monumental México, belle perspective, sortie de la grisaille hivernale, soleil aztèque, chaleur du climat et des hommes. Faut-il déjà que j’utilise la nov- langue inclusive en écrivant « des hommes et des femmes »,  pour éviter lambigüité sexuelle évoquée par « la chaleur des hommes », si on ne cite pas, là aussi, celle des femmes. Mais alors, Grand Dieu ! Le propos devient répréhensible, sexiste en diable, anti féministe et insultant.

Ca va devenir compliqué.

Munis de tous les viatiques possibles, passeports, billets de corrida, ordonnances médicales, adresses de ganaderias, téléphones utiles, nous sommes donc partis au Mexique le 3 février.

Vingt et un aficionados « de verdad », amis dans la vie, membres de notre association depuis sa création se retrouvèrent donc à Mexico pour leur sixième séjour en terre aztèque.

Certes on avait instillé dans ce groupe une dose de parisiens, et des meilleurs(res), ne faut-il pas éviter la consanguinité ?

Qu’avons-nous vu dans les arènes ? Vu d’ici, deux mois à peine après notre retour, ce qu’il m’en reste, si vous voulez vraiment le savoir ? Pas des notes d’arènes  indiquant précisément le nombre de séries remarquables à droite ou à gauche, pas la technique, pas ce que Montherlant,  après Chateaubriand appelait « la cérébralité typiquement française », non ! Ce qu’il m’en reste peut être dit en peu de mots.

Le formidable jaillissement joyeux du toreo de Sergio Flores. Courage pur, élégance généreuse, sourire d’oblat. Citant ses toros de face, toujours, tuant son dernier aussi parfaitement de face, il avait tenté le tout pour le tout, le public ne s’y était pas trompé, les oreilles étaient  tombées.

Du Juli qui partageait l’affiche avec Flores ? Pas de souvenir, pas d’image, PAS D’IMAGE.

Ensuite s’alignèrent trois visites de ganaderias. Les ganaderos (ras !) sont des amis et nous reçoivent comme tels.  [cela ne vous plaît pas la nouvelle écriture ?Ganaderos ganaderas ? à moi non plus]

El Batan, tout près de Querétaro, Espiritu Santo tout près de San Luis Potosi, Ernesto Javier Calita et José Mauricio pour tienter…

Et la réception de Paolina Gordoa Labastida, celle de Roberto Fernandez El Quitos, plus amical que jamais…comment oublier cela ? ne pas se dire qu’on reviendra, parce que décidément "tu le sais bien, Jean François, cette maison est la tienne".

Pas seulement des mots, une vérité, une chaleur humaine, une clarté des regards.

Et on a continué, à 21 dans un grand bus de 55 places, la Huasteca Potosina, ses cascades bleu turquoise, et des arrêts dans des haciendas somptueuses, et la douceur du climat toujours entre 20 et 25 degrés…

Mais où donc allions-nous, bohémiens impénitents d’est en ouest vers un Mexique que j’étais encore le seul de notre petite troupe à connaître.

Le Carnaval d’Autlan de Navarro, plus connue des locaux comme Autlan de la Grana, à 100kms de la côte Pacifique, dans une haute vallée cernée de montagnes verdoyantes, comme on en traverse plusieurs dans cette sierra faite de plateaux successifs.

Et là, mes amis, ce fut le Carnaval ! Cinq jours de rodeos bruyants, de cavalcades , de corridas, de « toros–toros ».

Et que reste-t il encore une fois ? Allions-nous prendre des notes d’arènes, coincés entre un grand cowboy enchapeauté et une mère au sein généreux faisant sauter son bambin sur ses genoux ?

Non une fois encore il nous reste des IMAGES, images fortes, sonorisées, sauvagement colorées.

Images de qui dans le ruedo ?

Ils étaient nombreux sur les cartels, Arturo Macias, Juan Pablo Sanchez, plusieurs autres dont la bonne volonté répondait le mieux possible à leurs adversaires quadrupèdes… Silveti aussi…mais, in fine, grâce aussi aux toros de Los Encinos, Ponce, Jeronimo, Sergio Flores. Et donc… Jeronimo tel qu’en lui-même, flamboyant ! royal dans son costume bleu roi, Ponce  déçu d’avoir été en dessous de ce qu’il voulait montrer fit tout pour triompher à son second, admirable, et Sergio Flores qui ne parvint pas à se hisser aussi haut qu’à Mexico. Mais je l’avais vu avant, un abrazo de grand gamin qui a déjà tout connu de la souffrance et de la gloire, qui est en chemin, qui trace sa route avec une volonté sans faille. IMAGES. Il y eut aussi les chevaux, la blessure d’Andy Cartagena…

Je pourrais aussi bien reprendre les cartels et essayer de me remémorer les noms des autres, mais à quoi bon, l’art taurin est éphémère, seul est éternel l’instant qui s’est fixé dans l’esprit et sur notre rétine. Vous aurez beau revenir là-dessus, revoir le film si vous en avez fait un, rien ne changera.

Et comme on avait dit qu’on irait jusqu’aux rives du Pacifique… On y est allés. Cent kilomètres qui durent trois heures, dans une montagne sublime, des cactus de quatre mètres partout plantés sur fond d’azur, et l’arrivée sur cette étrange langue de sable de Barra de Navidad.

 Arrivés  vers 10 h du matin nous avons déniché un bar au troisième étage d’une maison plantée au bord de l’eau. Terrasse étroite où nous furent servies des Margaritas de gala et la joyeuse troupe s’en fut déjeuner dans un restaurant sur le Pacifique, à deux pas, sous des voiles triangulaires blanches. Moments heureux et paisibles avant de retrouver les arènes  pour la dernière corrida du cycle.

Et ce fut Morelia, la réception chez Marco Antonio Ramirez Villalon qui pour être le propriétaire de Cinépolis et du plus grand et plus beau musée de peinture dédié à la tauromachie du monde, de la plus grande Bibliothèque  taurine du monde aussi ( 27000 ouvrages), de la  merveilleuse arène de Morelia El Palacio del Arte, nous reçut en personne pour la deuxième fois comme des amis  et nous avait préparé en aficionado une "fantaisie taurine" dans ses arènes avec deux novilleros ( ras !) et chacun de nous put selon son audace prendre capote ou muleta !

IMAGES.

Depuis, deux mois se sont écoulés et je n’ai pas pu et ne pourrai, avant un moment,  me rendre aux arènes.

Les amis sont là, ils savent qu’on y retournera ensemble, au mieux à Vic, parce que, figurez–vous, le CTV a eu la  belle idée d’engager SERGIO FLORES.

Et vous savez, vite balayé le raisonnement inutile, les ratiocineurs de tous poils abandonneront leurs arguties d’intellectuels, et s’ils veulent bien me faire un tout petit peu de crédit, ils trouveront dans leur cœur et leurs souvenirs l’émotion ( ou non) qu’ils auront éprouvée, au tréfonds de leur être, telle qu’elle doit être  reconnue comme première véritable raison d’aller aux arènes.

Tout cet art, fait de courage, de science du geste, d’abnégation et de souci de gloire, n’est là , vous le savez bien, que parce que vous en gardez des images.  DES IMAGES. Rien d'autre. Mieux qu’un souvenir.

Vu d’ici, je les ai en moi et j’espère aller m’en  fabriquer de nouvelles bientôt.

Chacune des amitiés tissées grâce à Mexico Aztecas y Toros m’est terriblement précieuse et j’aimerais dire là les noms de chacun de nos adhérents (adhérentes !! na !). Mais on est soixante-dix, ce serait fastidieux.

Ils se retrouveront.

Ceux qui sont venus en Equateur, au Pérou, en Colombie, aux Açores, et nos amis toreros les plus proches, les Adame, Sergio Flores, Marc Serrano, Julien Lescarret? El Gran Rodolfo Rodriguez El Pana, El Galo, Michelito, Manolo Vanegas…..qui tous à un moment ou à un autre nous ont donné quelque chose d’eux-mêmes...

Notre revue a trouvé un lectorat.

Continuons.

Viva la fiesta Brava, Viva Mexico ! (Aztecas y Toros).

Photo :  Oskar Ruizesparza

Jean François Nevière