24. juil., 2017

Tyrosse, la corrida inattendue, par Jean François Nevière

 

Dimanche 23 juillet 2017, le cartel franco mexicain décrié par avance tout comme l’élevage choisi( Martinez Pedres) ont provoqué la surprise .

Quelques esprits éclairés avaient fait entendre leur avis : pouah… des toros de Pedres ? du Domecq de quincaillerie, deux toreros mexicains ? pouah, de la fioriture superficielle….

On a vu tout le contraire.

Les toros d’abord: forts, lourds, assez imprévisibles, dans le sens où, montrant de la noblesse dans la cape ou la muleta ils se mettaient à changer de comportement, avertissant de coups de têtes violents et vicieux des matadors qui se confiaient.

La cavalerie se fit renverser sans dommage par le sixième. Le picador remonta en selle et se présenta « de frente » à ce toro rèche et très lourd.

Les hommes ont bien compris qu’ils n’avaient pas affaire à des bonbons de fête foraine et Juan Bautista, turquoise et or, sans doute éprouvé par les deux jours précédents à Mont de Marsan, a quand même fait montre de sa science, tentant un recibir qui, s’il avait été concluant, lui aurait valu une grande oreille.

Joselito Adame, de violet profond et or, nous gratifia des plus beaux doblones au capote qui soient, un genou en terre, par trois fois, ouvrant largement son leurre et accompagnant ses deux adversaires, puissants et rapides dans un geste ample et totalement maitrisé.

Pour cela, seulement être là, se justifiait.

Il tua mal, perdit l’oreille deux fois, mais réussit un descabello parfait sur le toro destiné à être puntillé, sans résultat en piste. Les bœufs ont manqué pour faire rentrer ce toro aux pattes faibles…

Luis David Adame ( Rosé de Bandol et Or) mit de l’alegria et une énergie farouche pour dominer ses deux opposants, les obligeant in fine, à collaborer. Le sixième tarda à mourir alors que l’épée semblait parfaitement en place, il l’accompagna sur un demi-tour d’arène le long des planches, pour enfin le descabeller. Oreille du triomphe perdue, alors qu’elle aurait été méritée…mais l’aficion tyrossaise ne doit avoir de mouchoir que pour se moucher…

Au final, des hommes d’honneur et des toros de respect. On est loin de ce qui nous avait été prédit par les augures taurins et les Cassandre – Pic de la Mirandole …

Les deux frères Adame, observés depuis le callejon par le troisième frangin, Alejandro, lui aussi torero, nous offrirent par deux fois trois passages du toro entre leurs deux capotes réunis, virevoltant al alimon, sous la charge des bichos.

Enfin la présidence… hélas, une fois encore hélas…et que je te fais jouer la musique à la deuxième série, sans que la faena soit vraiment lancée, et que la musique continue de jouer quand le torero est désarmé… et que je te conteste la demande de changement de tercio par deux toreros expérimentés à la première pique, faisant mine d’exiger une seconde, pour finalement accepter la requête justifiée du maestro…

Un jour ou l’autre il faudra distribuer des mouchoirs dans les plus petites arènes, et s’ils ne servent pas à réclamer les oreilles, du moins seront-ils là pour essuyer les larmes des spectateurs quand la présidence se trompe à ce point.

Ce fut, in fine, une belle journée, public festif, toros austères, toreros conscients de leur rôle, banderilleros brillants.

Curro Roblès et Fernando Sanchez ( cuadrilla de Joselito Adame) ont salué pour avoir superbement banderillé.

Photo Mundotoro : Ismael Gonzalez soulevé aux planches

Jean François Nevière.