5. juil., 2017

Un rève par CHF

Un rêve

 

 

Le rêve de Ramon est flou.

D’abord, il voit une course bizarre, des types venus d’un autre temps qui amènent les taureaux aux arènes, à cheval en traversant la ville.

Les fenêtres s’entrouvrent, les têtes encore ensommeillées apparaissent.

Cela fait des années que ça dure et dans son rêve, passent et repassent les taureaux.

Les hommes sifflent juchés sur leurs chevaux, ils guident les taureaux à la “Garrocha“ cette longue badine avec laquelle, ils ouvrent les portes, poussent, et guident les taureaux.

Ils les mènent depuis plusieurs jours du campo, aux arènes.

Les jeunes gens des faubourgs le savent bien, quand le matin le jour point, aux premières lueurs, les meuglements, mêlés aux bruits des sabots, lancent un appel séculaire, il faut être debout.

Les premières cloches de la vieille cathédrale sonnent, le rio Arga ayant rafraichi les bêtes, les ultimes mètres peuvent être parcourus.

Ramon rêve, il se voit à cette époque, ils sont une poignée à défier les cornes, ni vêtus de blanc et de rouge, ni bousculés, ils courent librement derrière la masse noire, ils arrivent parfois à dépasser les cornes, mettent une main tendue vers le mufle soufflant, et courent, le cœur à mille à l’heure devant le poitrail des chevaux et la corne acérée.

Les images se confondent, maintenant, il est devant le lot de taureaux choisis, il sent la corne de l’un qui lui frôle l’épaule, le souffle de l’autre sur son côté, il ne fait plus qu’un avec la masse informe d’ou ne sortent que des cornes de lait.

Il court, il est jeune, il respire, il vit, il entend à peine, les cris effrayés des dames aux fenêtres, il ne voit pas Maria Rosa qui le couve de ses grands yeux noirs, et qui prie San Fermin, pour qu’il s’en sorte indemne, si il savait comme elle l’aime…

Ramon s’agite, il sent l’odeur musquée du poitrail d’un cheval, celle de la peau luisante du taureau dominant.

Il voit les cavaliers retirer leur chapeau en passant devant la mairie, ou des membres éminents du conseil municipal saluent, et lancent un pétard.

Son rêve change il se colorise. Il court, il court exactement 875 mètres, tel un Moise fendant les flots, la foule bigarrée s’écarte devant lui.

Comme hypnotisés, aimantés, les taureaux le suivent dociles. Il frappent à gauche à droite, parfois tel un pantin désarticulé un homme se fait bousculer, jeter en l’air, mais lui, non.

Il court.

Les plus vieux, ont quitté leur chaise basse du “Zentral Kafé del teatro“ et prodiguent leurs conseils.

Ramon court.

Bientôt, il arrive au dernier virage, la plaza de toros est là, majestueuse, les portes sont grandes ouvertes.

La foule l’attend.

Il surgit comme un diable, les six taureaux aux trousses, il traverse la place et bondit de côté, la masse entre dans le ventre des arènes.

Une lointaine sirène le réveille.

Il allume la petite lampe de chevet.

Sur la chaise, posés comme un habit de lumière, son pantalon blanc, et son tee shirt siglé aux couleurs de son club.

Les derniers coups de marteaux, les jalons sont posés.

Avec le jour qui se lève, se lève aussi sa peur.

Aujourd’hui 7 juillet, Ramon court son dernier encierro.

 

CHF