6. juin, 2017

Pentecôtavic 2017

Vic 2017 vient de tirer le rideau…

La tauromachie commerciale va reprendre ses droits et, mis à part les quelques places fortes dont le nombre se réduit comme peau de chagrin telles Azpeitia, Ceret, Madrid, la mono pique, les génuflexions des toros telles le Christ sur le chemin du Golgotha, ainsi que  le toreo de salon vont faire les choux gras de certains médias collabos.

L’adaptation des codes archaïques régissant les courses de taureaux à la modernité reprendra sa marche forcée vers l’adultération de celles-ci. Les papes de cette nécessité incontournable reprenant leurs homélies propres à mettre en avant comme des épouvantails à moineaux les anti-corridas, la politique, les goûts des spectateurs, les dissensions internes entre aficionados susceptibles de laisser paraître notre manque de cohésion, bref, tout ce qui peut être invoqué pour camoufler leur hantise de voir disparaître ce qui leur permet socialement d’exister, ce qui les rémunère.  

Le compromis, la bien-pensance, le lissage des crêtes utilisés comme outils utiles à « émasculer la corrida de toros », à l’instar de la société à l’intérieur de laquelle les hommes se font épiler, utilisent de plus en plus d’onguents, de crèmes en tous genres pour avoir la peau lisse et éliminer les rides, ainsi que se teinter les cheveux afin d’avoir une allure de dandy.

Tous les coups sont permis. Les figuras imposant leurs carteles, le calendrier des courses « pondu » en février, le toreo de profil, les piques montées à l’envers, les impacts de piques à vingt ou trente centimètres dérrière le morillo et les spectateurs qui applaudissent,  l’impact lors de la charge avec le cheval placé à 90° par rapport à l’axe de celle-ci, l’afeitado avec comme prétexte un aréglado. La mono encaste etc…Bref, la longue litanie de coups tordus que la grande majorité ne connait pas, que d’autres acceptent en faisant l’autruche, donc deviennent complices et les pontifes assénant ces ignominies comme des vérités utiles voire des nécessités .

Au moins, dans le peu de places fortes restant, ces dérèglements existent mais sont tout de même plus limités et au moins le plaisir de voir qu’il existe encore des toros toros, encastes peu connues puisque raréfiées par la demande imposée par les seigneurs ( qui pour la pique évoquée plus haut peut s’écrire saigneurs ), nous restent et nous motivent dans notre passion.

Ah, tout n’est pas rose, certes…tout n’est pas exempt de critiques et loin s’en faut mais quoi ? doit-on ne plus aller aux arènes ? sommes nous tous incultes et béotiens au point de ne pas capter les prétextes des pseudos nécessités?

Vic cette année a su reconquérir les hésitants et il me faut dire que je me positionne parmi eux…ainsi trop de corridas sans émotion, de toreros fades et ne transmettant rien pour un Garapito le 8 juin 1992  ou un Cantinilio le 14 juin 2014, quelques belles piques et quelques rares paires de banderilles posées correctement c’est trop peu et l’aficion reste mais l’envie de se mettre en frais ( car c’est un aspect important ) pour s’assoir une dizaine d’heures  sur des étagères en béton a subir les assauts climatiques et des empêcheurs de tourner en rond que sont les anti tout ( car ils sont contre beaucoup de chose, pas que la tauromachie ).

Voilà donc la machine certainement relancée car si on fait le bilan de cette pentecôtavic, pas mal de positif s’en dégage. L’alternative du jeune Vanegas, vaillant et démontrant l’évantail de son bagage au fil de son trasteo devant des cornupètes de respect, des toreros nouveaux Emilio de Justo, Octavio Chacon et même ce jeune Michelito qui certes a été à la peine avec excusez du peu un Cuadri et un Los Manos, donc à des années lumières du torito de Domecq des familles, puis de toreros de renom tels Curro Diaz et Juan Bautista. Le point culminant étant, à mon sens l’excellence des trapios, tamaños et armures des toros et les piques, celle d’anthologie de Gabin Rehabi avec qui nous avons eu l’occasion de discuter à l’issue des courses, avec des amis, et qui est un garçon charmant et modeste avec un sens du toreo très réaliste.

Oui Vic nous reverra, surtout en instilant, comme pour l’amélioration des piques, une amélioration de la pose des banderilles ainsi qu’une présence plus marquée de toreros d’importance…des rumeurs courent selon lesquelles des médias espagnols auraient titré « Vic, capitale torista du monde », tout en relativisant, c’est le moment d’assoir les effets d’un réel travail acharné pour le maintien de l’intégrité de la lidia devant des adversaires dignes de ce nom. Il est temps de donner corps à l’adage de Pierre Corneille : « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire »  

Bernard ARSICAUD 

Photo : Entrée à matar de Manolo Vanegas sur son toro d'alternative prise par Dominique MOUSSU