6. juin, 2017

Présider, mais encore...Vic 2017 quel bon cru ! Par Jean François Nevière

Présider… mais encore ?

Vic 2017 fut indéniablement un excellent cru. D’autres que moi, aficionados avertis se feront un plaisir de vous narrer le « tout de son cru » ( Pardon !).

A ma façon hétérodoxe, je vais vous dire mon point de vue.

Deux Raso de Portillo au lieu de quatre, en raison des intempéries, piste détrempée et glissante, sage décision prise conjointement par les toreros emmenés par le grand banderillero Fernando Sanchez et le président Thuries. Deux grands novillos.

Là commence l’interrogation: que l’arrêt de la course fût prononcé ou non, le président, pourtant réputé sérieux et conscient de sa responsabilité, aurait dû accorder l’oreille du second réclamée par la majorité du public, massé sur les gradins hauts, derrière lui, et vers lequel il ne se tourna pas un seul instant, ne pouvant donc estimer « de visu » la réalité de la pétition majoritaire.

Le très bon travail de Miguel Angel Pacheco se vit donc très injustement ignoré et la mauvaise humeur des banderilleros en fut augmentée.

Première Présidence contestée et contestable. Monsieur Thuries…peut mieux faire.

La corrida de Dolores Aguirre nous montra des toros abordables que Paulita et Alberto Lamelas, malgré leur bonne volonté ne surent pas mettre à leur main, ce que sut faire Octavio Chacon, sobre, autoritaire et « torero » dans tous ses placements et décisions.

La côte d’amour d’Alberto Lamelas en a pris un coup, on a trop vu les limites de ce torero de tranchées, qui se réservait pour son prochain contrat de Madrid…

Présidence sans histoire.

Dimanche de Pentecôte, l’Esprit Saint déserta le cerveau de l’orgueilleux président Amestoy !

Corrida concours, superbement présentée, avec en ouverture un Miura magnifique, qui prit quatre piques de loin, un Domingo Lopez Chaves chef de lidia, maître de lui comme de l’univers, qui pesa sur ce toro et l’estoqua d’une épée un peu basse mais rapide d’effet et l’émotion flottait tellement dans l’atmosphère que dès la chute du Miura le public unanime ( ou presque) sortit les mouchoirs.

Là-haut, sur son Aventin méprisant, se croyant sur l’Olympe, le président Amestoy, au-dessus des plus élémentaires règlements, avait décidé que 80% de l’assistance ne pouvait avoir raison contre lui.

Il s’obstina donc, en dépit de tout, dans sa vanité hautaine et refusa le trophée exigé de plein droit par le public.

Malheur à lui ! Le matador fit une vuelta sous les hourras, on lui en réclama une seconde qu’il fit au pas de course, regagna le callejon sans s’attarder à saluer sa majesté Amestoy.

Bronca, que dis–je bronca, quasi émeute, le peuple en colère lui fit savoir, à ce roitelet d’un jour qu’il faut respecter le règlement autant qu’il est normal qu’il s’applique à tous.

Et donc, dès qu’il eut à reprendre la parole pour annoncer le toro suivant, sa voix fut couverte par les cris … et ainsi de suite jusqu’à la fin de la corrida. Répétons le: quoi qu’on en pense et qu’il advienne, la première oreille est celle du  PUBLIC.

Non seulement bête et têtu, monsieur Amestoy, de bonne réputation par ailleurs, sème le doute jusque chez ceux qui lui vouaient une certaine estime, sauf chez deux ou trois intégristes qui crurent qu’en le soutenant ou en lui serrant la main à son départ du palco, ils donnaient tort au reste de l’assemblée ! Erreur, grossière erreur, désormais l’absence de langue de feu sur la tête de ce monsieur fera de lui « le » président du mépris.

Morenito de Aranda fut très en-dessous de son adversaire à qui il pouvait couper une oreille.. mais était-il échaudé par le précédent de Lopez Chaves ? Non je plaisante, Morenito fut pâle et décevant.

Michelito, trop jeune ou trop vert pour ce genre de bétail doit bénéficier de l’indulgence du public comme il reçut l’aide de Lopez Chaves, remarquable chef de lidia tout au long de la tarde, il le démontre d’ailleurs souvent.

Les Piques: Superbes celles de Gabin Rehabi au toro de Los Maños et aussi celles de Bernal au Miura.

Autre faute : donner la vuelta posthume à un toro qui n’avait pas eu de faena est une aberration: qui peut dire si ce toro en tous points magnifique aurait été complet ? il n’a rien pu montrer à la muleta. C’est donc une double insulte au jeune maestro Michelito qui, n’ayant pu le « faire voir » dans sa faena, a vu son adversaire primé…Pas bien joli ça non plus, monsieur le président Amestoy. Pas élégant du tout ! Décidément l’esprit de Pentecôte avait déserté votre tête creuse.

Dimanche soir, corrida de Palha.

On retrouve les grands Palha d’antan, hauts, forts, violents, jamais faciles pour les hommes, mais eux aussi, toréables: ce que ne fit pas Alberto Aguilar, retombé dans ses travers de jadis, gueulard et impatient, malgré un courage réél qu’on ne lui vit pas cependant au moment de l’épée.

De Ruben Pinar on ne dira pas grand-chose.. il vaut mieux.

En revanche on eut une véritable émotion et une réelle considération pour le toreo austère, classique, et courageux d’Emilio de Justo qui sortit en triomphe après avoir coupé une oreille de chacun de ses adversaires. Pour un torero qui n’a tué que 4 toros en corrida en 2016 ? Chapeau monsieur! vous méritez de revenir et qu’on vous offre des possibilités en divers lieux, vous avez l’honnêteté qui manque à certains (figuras y compris) au moment de l’estocade.

LUNDI, la corrida d’Alcurrucen, âgée, grande, forte, armée, brave, compliquée malgré les apparences, donnant tout ce qu’on attend d’elle: du jeu, du risque, de l’émotion, de l’admiration tant pour ces animaux que pour les hommes qui les affrontent.

Manolo Vanegas, suivi par une petite cohorte de ses compatriotes vénézuéliens, prenait son alternative des mains de Curro Diaz et Juan Bautista qui revenait de son encerrona nîmois était là comme témoin, le ciel enfin était clair, le public heureux. Il y en eut pour tous les goûts.

Au toro d’alternative Vanegas donne une faena bien rythmée et surtout un grand coup d’épée: oreille.

A son second, le sixième donc, ce fut une faena complète, sur les deux cornes, terriblement audacieuse, flirtant avec les cornes astifinas de ce destroyer. Hélas il fallut recourir au descabello et le jeune prodige Vénézuélien perdit l’oreille. Ce jeune homme a le sitio naturel et sera un grand maestro.

Curro Diaz à son premier fut égal à lui-même, profond, relâché , main basse, le menton sur la poitrine alors même qu’un train lui fonce dessus, la classe, le sentiment que l’homme est au-dessus de son destin.

Juan Bautista fit une grande démonstration technique: ce torero sait tout faire et laisse une belle sensation de sécurité. On le suit avec confiance, il transmet de plus en plus, avec les années, son amour et sa connaissance du toro.

Quelle belle après- midi de toros.

Enfin, allez, soyons fous, puisque les Dolorès Aguirre et les Palha sont désormais « toréables », le Club Taurin Vicois serait bien inspiré l’an prochain de mettre devant eux des lidiadors de 1ère catégorie, et de reconduire le cartel d’hier avec les Alcurrucen !

Quel bon cru ! Qui l’eût cru ?

Jean François Nevière