20. avr., 2017

Arles feria de Pâques 2017 par Jean François Nevière

ARLES, Feria de Pâques  2017
Une fois n’est pas coutume, cette année la feria de Pâques en Arles était placée sous le signe du soleil, de la douceur printanière et de l’absence de vent, ou presque.
Etait-ce la raison de l’affluence exceptionnelle du samedi ou bien la présence du phénomène Roca Rey ? toujours est-il que du premier au dernier rang on a pu compter 11300 spectateurs sur les 116OO places possibles…
Toros de Garcia Jimenez, ronds et bien faits, sans trop de tête, sans violence ni vice, des toros pour vedettes. Juan Bautista, J M Manzanares, Andres Roca Rey.
Juan Bautista fut bon puis très bon, technique et sérieux. Le « torero empresa» d’Arles tint sa place avec honneur. Et triompha modestement.
JM Manzanares eut quelques beaux gestes, génétiquement hérités, tua recibiendo, nous ennuya fortement à son second qui n’avait ni goût ni sel en lui ouvrant une muleta grande comme un drap de lit auquel il ajouta un bras long comme un jour sans pain…et ainsi le torito passa, en rond, sans art ni personnalité…Il est des après-midi où l’excuse de ne pas avoir de bons toros  est un vilain prétexte.
Roca Rey fut Roca Rey, jeune, enlevé, audacieux et insolent de spontaneité face à ses deux ainés.
Mais tout cela ne fait pas une grande tarde de toros, car sans toros, les meilleurs s’ennuient et nous ennuient un peu.
Fin du premier jour.
Dimanche de Résurrection.
Novillada de  Ganaderias françaises. On se demanda pourquoi manquait le fer de Laugier ? Il est des questions qu’il ne faut ni poser, ni se poser.
On se régala avec le merveilleux toro novillo de Gallon.
Le public semble aimer Andy Younes…Tibo Garcia  se comporta avec honneur et maturité face au lot le moins intéressant. Quant à Adrien Salenc il fut novillero dans l’âme, pris de méchante manière il revint ferme et décidé devant son adversaire.
CORRIDA DE JUAN PEDRO DOMECQ .
Le roi Henri n’eut pas de chance avec le premier qu’il tenait parfaitement dans sa muleta quand le toro sur un retour se cassa une patte : fin du premier acte. Ponce l’exécuta  comme il convenait. Trop de pienso pris les deux dernières semaines avait sans doute engraissé ce joli toro chatain au point de le rendre trop lourd de l’avant, comme un trop gros corps porté par de petites pattes.
Alejandro TALAVANTE qui défilait tête nue puisque à l’étonnement de beaucoup, il n’était jamais venu à Arles, fut d’une infinie élégance à son premier, sorte de magicien du geste qui arriva avec 40 cm de serge rouge à faire passer un animal de 8O cm entre sa main et son corps, prodige de goût et de silence, pas un cri pas une lourdeur, pas un toque de trop : l’homme de Badajoz sait exactement où il en est à chaque instant, suave et inspiré. Une oreille amplement méritée.
Puis vint Thomas Joubert. Allait-il, tel un soufflé, retomber et décevoir le public ? Triomphateur l’an dernier, à Arles comme à Istres, l’enfant du pays se livre avec un naturel et une personnalité incomparables. T Joubert est Thomas Joubert ! et ne ressemble à personne, sinon par la rectitude des attitudes et un visage à la Manolete. Grande  émotion chez les aficionados. Les deux oreilles du dernier lui rendirent hommage. Va-t-on laisser longtemps ce grand torero sans contrats majeurs ?
 
LUNDI de Pâques.
Des toros et pas de toreros, ou si peu. Et un président CATASTROPHIQUE.
Il n’est sans doute pas de bon ton de contester les décisions du palco mais sincèrement, disons les choses comme elles sont : quand il n’y a aucune pétition, comment ce personnage ( un certain mr Mas qui officie régulièrement et toujours mal, a- t- il pu donner une oreille à Ivan Fandiño sur son second toro, mal lidié, mal tué, sans aucune pétition de la part du public, excepté quelques  groupies ingorantes ?
Comment ce président a-t-il pu faire signe au   picador du sixième toro qu’il pouvait rentrer sans faire le tour de l’arène pour venir le saluer ? Comment a –t-il pu encore laisser tourner le chronomètre pendant un temps qui méritait deux avis  et écourter le premier tercio sans que le toro ne soit fixé ? 
Morenito de Aranda s’est comporté en torero solide face au grand premier. Il lui donna la distance nécessaire le faisant charger de loin, très loin; charge rectiligne et franche, puis le rapprocha de lui et le fit briller. L’animal n’avait pas de genio et avait pris deux piques en poussant  au cheval.  L’épée fut malheureusement dans le cou ou à peine plus bas et il perdit donc justement l’oreille même si la mort fut instantanée. A son second, le meilleur, qui prit 3  piques de loin en mettant les reins, il torea un peu sur le voyage, mais ce matador a la planta et nous fit plaisir.
Ivan Fandiño, égal à lui-même, fut électrique, agité , violent avec deux toros qui étaient certes très volumineux et bien armés mais qu’un toreo plus doux et subtil eût pu contenir et le triomphe aurait été ainsi justifié. Mais décidément non, le basque fait du tapage, crie, remue et joue à nous faire peur, sans motif. 
Le malheureux Roman fut tout à fait en dessous de ses deux adversaires, sans se placer jamais dans le sitio, trop vert pour l’office.
En un mot, quel dommage que les vedettes n’acceptent pas de prendre de tels toros : ils étaient tous francs comme l’or, impressionnants mais sans genio et donc très très toréables, on ne leur vit jamais de coups de tête traitreusement donnés à hauteur d’homme, ils se retournaient vite mais avaient une belle charge franche, j’aurais aimé voir JT, ou Morante, ou Talavante, mais si mais si ! devant eux, et là, mes seigneurs c’aurait été splendide. 
On vit quelques très belles piques données de frente, des animaux qui ne s’agenouillaient pas, dont le poil luisait sous le soleil de Provence, et on fit sortir le Mayoral pour saluer .

 
C’est à dessein que cette histoire de Pâques à Arles vous est racontée  avec un temps de retard, histoire  de laisser reposer les émotions, sans compter les oreilles tombées, sans tenir compte de rien d’autre que la vérité des hommes face aux toros.

Photo : Luc Doustaly


Jean François Nevière