6. déc., 2016

Vas savoir, par CHF

J’ai traversé les rues désertées, les maisons magnifiques aux volets blancs fermés, le bord du lac de silence,
 et atteint le port ou dorment les bateaux que des types d’ailleurs ont parqués là, attendant les prochains beaux jours des vacances pour leur redonner
 vie.  Hossegor dort.  Les craquements des coques, le chuintement
 du frottement des coques sur des pneus ou des bouées, le bruit métallique des anneaux de fers identique à ce tintement permanent des anneaux
 sur leurs hampes des drapeaux de mes belles arènes de Dax. Tout est hors saison. La plupart des commerces éphémères fermés,
 les gens qui traversent sont des locaux qui profitent de leur jolie ville..  L’Estacade d’habitude couverte de monde, ne supporte que quelques pêcheurs,
 riverains, qui viennent là faire friture à bon compte. Le ciel est bardé de couleurs qui oscillent du noir profond au bleu roi, passant par des pourpres et des mauves que ne renierait pas un Braque ou un Matisse.  Tout m’entraîne à la rêverie. Le ressac répété qui se
 fracasse sur la base de béton Napoléonienne, et les plots de bois noircis qui soutiennent la jetée. Je regarde sans voir le roulement des flots, les remous agités, et la houle qui rend cette immensité d’eau si vivante.
 Vas savoir pourquoi je pense à lui… Peut-être parce que j’ai connu la blessure, la gloriole des dimanche ou je jouais devant quelques centaines de
 spectateurs. Les gens qui traversent la rue pour te saluer quand tu es une (pseudo) vedette, et les gens qui traversent la rue pour t’éviter quand
 tu n’es plus au « panthéon », que tu n’es plus rien de ces codes de la reconnaissance établie.  C’est peut-être
 parce que je pense à mes amis Vicois, et ce prix donné pour la Novillada de Dolores Aguirre, ce texte sur la pérennité des événements
 réguliers, malgré la difficulté à trouver les élevages, les toros et le types à mettre en face. Peut-être à
 cause de ce téléthon qui nous ramène toujours à la chance que nous avons, nous, les humains debout. Là, devant cette eau noirâtre et hostile, je pense au Chano (*).  Je me souviens justement à Vic d’une paire de banderilles exceptionnelle contre les planches…
 Quand ? Je ne sais plus. 2011, peut-être, pour la corrida d’élevages Français. Est-ce parce que j’ai revu des photos de Julio
 Robles, ces jours-ci? Je n’en sais rien.  Mais je pense au Chano. Que devient-il ? Cloué sur sa chaise. Depuis le festival donné pour l’aider(*),
 de quoi vit-il ? Où ? Est-il encore impliqué dans le monde taurin ? Je n’en sais rien.  Je l’ai vu danser devant la corne, je l’ai vu attendre et attendre encore, les bras levés comme un danseur sévillan, frôler la mort, pour se retirer au tout dernier moment, dans
 son habit sombre. Je me souviens des roustes prises, des erreurs de trajectoires, des toros qui coupent leur course, rendant la rencontre plus qu’aléatoire. Je me souviens aussi de son rire, de cet air moqueur qui nous transmettait juste
 après le frisson, ce soulagement qui rendait la chose “facile“.  Aujourd’hui, qu’est-ce que sa vie ?  Qu’est-ce que son rire.  Et qui oublie ?  Vas savoir.  CHF