20. avr., 2018

DIALOGUE AVEC MON JARDINIER

 

 

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DIALOGUE AVEC MON JARDINIER

 

 

Film de Jean Becker (2007), titre éponyme du roman d'Henri Cueco.

Le scénario est basé sur un mano a mano entre un peintre parisien Monsieur Dupinceau (Daniel Auteuil) habitué à des dialogues du type : « J'aime bien vos tableaux période noir foncé, beaucoup plus que celle des noirs clairs... ».

Et un jardinier, Monsieur Dujardin (Jean Pierre Darroussin) qui énonce lui : « Pour faire pousser les radis, il faut des graines, du soleil, de l'eau, et de la terre ».

 Franchise, simplicité du regard posé sur le Monde ; que j'essaye d'adapter à la cause taurine.

 Pour faire des veaux (braves), il faut un toro (semental) et une vache (dite de ventre), plus tard du lait, de l'herbe, du pienso, du terrain (finca).

Bien sûr, un chef d'orchestre (le ganadero) et son second (mayoral, bayle gardian).

Ce binôme s'occupe, traite, observe et gère le troupeau (gestion pastorale).

Cette équipe détermine, également l'avenir de l'élevage, dans le cadre d'essais ( tienta, tienta de macho) , à travers les lignées (reatas), le morphotype, les familles, pour déterminer reproducteurs et reproductrices.

Si un mâle se retrouve dans un lot pour être lidié officiellement et qu'il sauve sa vie ! C'est une exception, voir une faute professionnelle (erreur) de la part de l'éleveur.

 Le Pardon de la vie (indulto) n'est permis par le règlement taurin (article 83) (1), que lors d'une corrida concours et seulement en arènes de première ou deuxième catégorie.

 Seulement en Amérique latine, « l'indultite chronique » se concevait pour permettre un rafraîchissement du sang local (avant l'avènement des techniques d’insémination et transport de la semence).

 Pour cause de course à Aignan, j'étais absent du dernier indulto dominical dans la plaza rhodanienne.

 La seule polémique, étant le président de course, ce jour là. Membre éminent de la Société Taurine La Muleta, fraction torista, canal historique (expression corse patentée).

 Il rejoint le trio des présidents « indultistes » arlésiens. Monsieur Ferrier (Toro Invincible, ganaderia Zalduendo 2001), Monsieur Louis ( Toro Pasion Garcigrande 2011) ,Monsieur Louis (Velero Domingo Hernandez 2013), Monsieur Mas (Lastimoso, Jandilla 2018).

El Juli a indulté les trois premiers, le quatrième est l'apanage d' Andy Younes.

En France de 1991 à 2001 : quatre indultos.

De 1992 à 2017 : quarante indultos.

Dont 20 fois en 2004, tout spectacle taurin confondu.

Les chiffres parlent d'eux-même.

 

Quelles sont les origines de cette banalisation ?

Un aspect trop figé de la « Fiesta Brava » entraîne le phénomène de grâce, il se veut sociologique, voire émotionnellement correct.

Un simple coup de pub, pour les différents acteurs du mundillo ?

Une flatterie d'égo, pour certains.., ?

Un acte de rédemption, un « sacrifice » bienséant par rapport aux animalistes « Vous voyez, on ne les tue pas tous, et pas toujours ».

 Un jocker, porte d'entrée vers une corrida « light » dite à la Portuguaise (qualification des antis).

 Une vision idyllique et fausse, un tribut à payer au correct...

La corrida est tragique d'essence même, c'est la vision d'un combat où la mort est toujours la conclusion, pour l'un ou pour l'autre des combattants.

Elle ne doit pas être galvaudée, sur l'autel d'un humanisme pseudo-progressiste, car elle deviendrait la négation de son existence et sa fin programmée.

 Monsieur Dujardin le jardiner, dirait dans son dialogue avec l'Aficionado : « Quand on va à la mise à mort (2), le toro est tué ».

 El Perdon Naranja doit rester exceptionnel, voire rarissime.

 

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Je persiste et signe.

 

Jacques Lanfranchi « El Kallista »

samedi 14 avril 2018

 

Je brinde ce modeste texte à

- Jacques Higelin, pour son œuvre et sa chanson « Tombé du ciel » comme la grâce de Lastimoso à Arles.

 

- Monsieur René Bujo, un des membres fondateurs du Club Taurin Vicois, un ruedo qui n'a jamais vu une grâce à ce jour..

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Notes

1) Devant l'excellente présentation, et l'excellent comportement d'un toro, dans toutes les phases du combat, à la demande conjointe du torero, du public, et avec l'acceptation de l'éleveur, le président peut assurer la vie sauve à l'animal, dans le but de préserver la Race.

 

2) Appellation ancienne pour faire le distinguo entre la course libre et la corrida, où on allait voir mourir la Bête

 

Photo 1  Acrylique sur toile 80 x 120  Olivier Suire Verley "les radis" 2005 peinture réalisée pour le film "Dialogue avec mon jardinier"

photo 2 droits réservés

3. avr., 2018

VU D’ICI…..

 

Chronique distanciée.

 

Pour un bon début, c’était un bon début. En janvier 2018 je n’avais plus à attendre que notre départ pour le Mexique et les corridas de l’anniversaire de la Monumental México, belle perspective, sortie de la grisaille hivernale, soleil aztèque, chaleur du climat et des hommes. Faut-il déjà que j’utilise la nov- langue inclusive en écrivant « des hommes et des femmes »,  pour éviter lambigüité sexuelle évoquée par « la chaleur des hommes », si on ne cite pas, là aussi, celle des femmes. Mais alors, Grand Dieu ! Le propos devient répréhensible, sexiste en diable, anti féministe et insultant.

Ca va devenir compliqué.

Munis de tous les viatiques possibles, passeports, billets de corrida, ordonnances médicales, adresses de ganaderias, téléphones utiles, nous sommes donc partis au Mexique le 3 février.

Vingt et un aficionados « de verdad », amis dans la vie, membres de notre association depuis sa création se retrouvèrent donc à Mexico pour leur sixième séjour en terre aztèque.

Certes on avait instillé dans ce groupe une dose de parisiens, et des meilleurs(res), ne faut-il pas éviter la consanguinité ?

Qu’avons-nous vu dans les arènes ? Vu d’ici, deux mois à peine après notre retour, ce qu’il m’en reste, si vous voulez vraiment le savoir ? Pas des notes d’arènes  indiquant précisément le nombre de séries remarquables à droite ou à gauche, pas la technique, pas ce que Montherlant,  après Chateaubriand appelait « la cérébralité typiquement française », non ! Ce qu’il m’en reste peut être dit en peu de mots.

Le formidable jaillissement joyeux du toreo de Sergio Flores. Courage pur, élégance généreuse, sourire d’oblat. Citant ses toros de face, toujours, tuant son dernier aussi parfaitement de face, il avait tenté le tout pour le tout, le public ne s’y était pas trompé, les oreilles étaient  tombées.

Du Juli qui partageait l’affiche avec Flores ? Pas de souvenir, pas d’image, PAS D’IMAGE.

Ensuite s’alignèrent trois visites de ganaderias. Les ganaderos (ras !) sont des amis et nous reçoivent comme tels.  [cela ne vous plaît pas la nouvelle écriture ?Ganaderos ganaderas ? à moi non plus]

El Batan, tout près de Querétaro, Espiritu Santo tout près de San Luis Potosi, Ernesto Javier Calita et José Mauricio pour tienter…

Et la réception de Paolina Gordoa Labastida, celle de Roberto Fernandez El Quitos, plus amical que jamais…comment oublier cela ? ne pas se dire qu’on reviendra, parce que décidément "tu le sais bien, Jean François, cette maison est la tienne".

Pas seulement des mots, une vérité, une chaleur humaine, une clarté des regards.

Et on a continué, à 21 dans un grand bus de 55 places, la Huasteca Potosina, ses cascades bleu turquoise, et des arrêts dans des haciendas somptueuses, et la douceur du climat toujours entre 20 et 25 degrés…

Mais où donc allions-nous, bohémiens impénitents d’est en ouest vers un Mexique que j’étais encore le seul de notre petite troupe à connaître.

Le Carnaval d’Autlan de Navarro, plus connue des locaux comme Autlan de la Grana, à 100kms de la côte Pacifique, dans une haute vallée cernée de montagnes verdoyantes, comme on en traverse plusieurs dans cette sierra faite de plateaux successifs.

Et là, mes amis, ce fut le Carnaval ! Cinq jours de rodeos bruyants, de cavalcades , de corridas, de « toros–toros ».

Et que reste-t il encore une fois ? Allions-nous prendre des notes d’arènes, coincés entre un grand cowboy enchapeauté et une mère au sein généreux faisant sauter son bambin sur ses genoux ?

Non une fois encore il nous reste des IMAGES, images fortes, sonorisées, sauvagement colorées.

Images de qui dans le ruedo ?

Ils étaient nombreux sur les cartels, Arturo Macias, Juan Pablo Sanchez, plusieurs autres dont la bonne volonté répondait le mieux possible à leurs adversaires quadrupèdes… Silveti aussi…mais, in fine, grâce aussi aux toros de Los Encinos, Ponce, Jeronimo, Sergio Flores. Et donc… Jeronimo tel qu’en lui-même, flamboyant ! royal dans son costume bleu roi, Ponce  déçu d’avoir été en dessous de ce qu’il voulait montrer fit tout pour triompher à son second, admirable, et Sergio Flores qui ne parvint pas à se hisser aussi haut qu’à Mexico. Mais je l’avais vu avant, un abrazo de grand gamin qui a déjà tout connu de la souffrance et de la gloire, qui est en chemin, qui trace sa route avec une volonté sans faille. IMAGES. Il y eut aussi les chevaux, la blessure d’Andy Cartagena…

Je pourrais aussi bien reprendre les cartels et essayer de me remémorer les noms des autres, mais à quoi bon, l’art taurin est éphémère, seul est éternel l’instant qui s’est fixé dans l’esprit et sur notre rétine. Vous aurez beau revenir là-dessus, revoir le film si vous en avez fait un, rien ne changera.

Et comme on avait dit qu’on irait jusqu’aux rives du Pacifique… On y est allés. Cent kilomètres qui durent trois heures, dans une montagne sublime, des cactus de quatre mètres partout plantés sur fond d’azur, et l’arrivée sur cette étrange langue de sable de Barra de Navidad.

 Arrivés  vers 10 h du matin nous avons déniché un bar au troisième étage d’une maison plantée au bord de l’eau. Terrasse étroite où nous furent servies des Margaritas de gala et la joyeuse troupe s’en fut déjeuner dans un restaurant sur le Pacifique, à deux pas, sous des voiles triangulaires blanches. Moments heureux et paisibles avant de retrouver les arènes  pour la dernière corrida du cycle.

Et ce fut Morelia, la réception chez Marco Antonio Ramirez Villalon qui pour être le propriétaire de Cinépolis et du plus grand et plus beau musée de peinture dédié à la tauromachie du monde, de la plus grande Bibliothèque  taurine du monde aussi ( 27000 ouvrages), de la  merveilleuse arène de Morelia El Palacio del Arte, nous reçut en personne pour la deuxième fois comme des amis  et nous avait préparé en aficionado une "fantaisie taurine" dans ses arènes avec deux novilleros ( ras !) et chacun de nous put selon son audace prendre capote ou muleta !

IMAGES.

Depuis, deux mois se sont écoulés et je n’ai pas pu et ne pourrai, avant un moment,  me rendre aux arènes.

Les amis sont là, ils savent qu’on y retournera ensemble, au mieux à Vic, parce que, figurez–vous, le CTV a eu la  belle idée d’engager SERGIO FLORES.

Et vous savez, vite balayé le raisonnement inutile, les ratiocineurs de tous poils abandonneront leurs arguties d’intellectuels, et s’ils veulent bien me faire un tout petit peu de crédit, ils trouveront dans leur cœur et leurs souvenirs l’émotion ( ou non) qu’ils auront éprouvée, au tréfonds de leur être, telle qu’elle doit être  reconnue comme première véritable raison d’aller aux arènes.

Tout cet art, fait de courage, de science du geste, d’abnégation et de souci de gloire, n’est là , vous le savez bien, que parce que vous en gardez des images.  DES IMAGES. Rien d'autre. Mieux qu’un souvenir.

Vu d’ici, je les ai en moi et j’espère aller m’en  fabriquer de nouvelles bientôt.

Chacune des amitiés tissées grâce à Mexico Aztecas y Toros m’est terriblement précieuse et j’aimerais dire là les noms de chacun de nos adhérents (adhérentes !! na !). Mais on est soixante-dix, ce serait fastidieux.

Ils se retrouveront.

Ceux qui sont venus en Equateur, au Pérou, en Colombie, aux Açores, et nos amis toreros les plus proches, les Adame, Sergio Flores, Marc Serrano, Julien Lescarret? El Gran Rodolfo Rodriguez El Pana, El Galo, Michelito, Manolo Vanegas…..qui tous à un moment ou à un autre nous ont donné quelque chose d’eux-mêmes...

Notre revue a trouvé un lectorat.

Continuons.

Viva la fiesta Brava, Viva Mexico ! (Aztecas y Toros).

Photo :  Oskar Ruizesparza

Jean François Nevière

 

29. mars, 2018

CAMPO PEQUENO

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Campo Pequeno

 

 

C'était en septembre 2017, nous visitions la capitale du Portugal et ses arènes.

 

C'était le 4 septembre 1980 que tu fus le premier rejoneador français à confirmer à Lisbonne des mains de José Mestre Baptista, au cartel Ruiz Miguel, Victor Mendes, forcados Amadors de Lisboa, toros de Joaquin Murteira Grave.

 

La plus importante de tes 400 courses...

 

Une photo, un sms, sans emphase l'accompagnait : « Desde Lisboa, un recuerdo, Abrazo. »

 

C'était en Septembre...

 

« Un Homme a trois vies : l'une publique, l'autre privée, la troisième secrète »

Gabriel Garcia Marquez

 

2015 campo pequehno

 

à Luc Jalabert

à toute sa famille

 

 

Evelyne et Jacques Lanfranchi

27 mars 2018

27. mars, 2018
 
Aujourd’hui Luc Jalabert nous a quittés. Torero à cheval, éleveur de toros, organisateur, apoderado de nombreux toreros et père de Juan Bautista, il fut durant quarante ans un acteur essentiel de la tauromachie française. Profondément attaché à la Camargue, il fut aussi un des fondateurs de l'Observatoire National des Cultures Taurines. La tauromachie française perd aujourd'hui un de ses plus illustre représentants. 

L'UVTF et l' ONCT adressent leurs plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches et s’associent à leur douleur.
 
 
 
24. mars, 2018

AUTOROMACHIE, deux ou quatre roues ?

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AUTOROMACHIE, deux ou quatre roues ?

 

 

 

En 1818, Karl Drais donne l’appellation Vélocipède à son engin ( nommée aussi draisienne) , par abréviation cela deviendra le vélo, puis la bicyclette.

Cinquante ans plus tard, la direction des arènes de Nîmes programme un jeune beaucairois qui pratique l'attente au fer sur deux roues, il sera répété le dimanche 20 juin suivant.

 

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En 1879, Monsieur Latine torée un novillo (emboulé) à Barcelone sur deux roues.

En 1895, c'est la plaza rhodanienne qui voit la pose de rejon à vélo par un ex-novillero (sic) vivant à Chateaurenard.

En 1916, le nouveau monde, dans l'enceinte « El Toreo » à Mexico applaudit Augustin Alarcon qui pose les bâtonnets à un novillo de Tenguedò.

 

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Cette suerte sera répétée très souvent dans le toreo comique notamment par Albert Clavel et Robert Tarditi, arlésiens bon teint dans les années 60 et 70.

 

Vingt ans plus tard, les deux roues se motorisent.

Le catalan Pablo Atsera dont l'apodo Aresta est l'anagramme de son nom de famille, va poser banderilles et rejon en 1932 à Madrid et Arles dans les années 1940.

 

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La plus belle conquête de l'homme après le cheval fait son apparition : l’automobile.

 

Le précurseur est le valencien : Don luis Aguado, il est sous les ordres de Llapisera (Rafael Dutrus Zamora) dans la troupe « Los Ases ».

 

Le sommet est atteint le 16 août 1934 à Jaliva avec deux voitures en piste (por collera) !

Un autre ase du volant est Victor Carrasco, lui est madrilène, son prototype s'appelle Jaca Metalica, avec un mini peto sur l'aile arrière.

 

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Il va toréer à Madrid, Colmenar Viejo etc... de 1940 à 1946.

Il descendait de son véhicule pour le troisième tiers.

 

Le sommet sera atteint avec un bateau motorisé : un barreur et un harponneur de bétail cornu à la proue.

 

De nos jours, on voit des mini-motos avec les spectacles comiques type « El Bombero y sus enanitos ».

 

photo 6 mini moto

 

Merci à Jean Michel Dussol pour le titre dont il est l'inventeur !

 

 

A la mémoire du Lieutenant Colonel de Gendarmerie Arnaud Beltrame

 

Samedi 24 mars 2018

 

Jacques Lanfranchi « El Kallista »

 

photo 1 , 3, 4, 5, 6 collection privée DR

photo 2 collection Jean Claude Lassalle DR