23. janv., 2019

De grâce, l’indulto, c’est comme les antibiotiques, ce n’est pas automatique ! Par Bernard ARSICAUD

 

Partout, depuis quelques années, dans tous les ruedos, sur tous les continents, la mode est à l’indulto ( grâce du toro).

Imaginons un monde ou tout un chacun serait détenteur de la légion d’honneur, des palmes académiques, du mérite, du disque de platine, des prix littéraires, des nobels,  que sais-je encore, bref des différentes récompenses utiles à gratifier un travail, reconnaître un talent, procurer une reconnaissance d’auditeurs, d’une congrégation, d’une nation, à un personnage, acteur, artiste etc…

Il est inutile de développer plus les récompenses et j’ai volontairement choisi des domaines plus victimes d’une certaine inflation toxique que d’autres, mais la liste n’est pas exhaustive….loin s’en faut !

Ces récompenses deviendraient un dû, en quelques sortes…. Quelle monotonie, quel triste appauvrissement de la discipline considérée en découlerait !

Evidemment il faut raison garder et comparer un prix littéraire, la rouge ou la bleue ou encore plus  un nobel à une grâce de taureau est un peu exagéré et semble même pour le moins fantaisiste, j’en conviens tout à fait. Ce matin, je n’ai trouvé que cela pour tenter d’être explicite pour le plus grand nombre ( mais votre esprit fécond saura trouver mieux et plus ciblé… je dis cela pour les incorrigibles grincheux, fâcheux, etc), disons afin de sortir du seul réseau habituel des aficionados car le public actuel présente un fort pourcentage de « curieux qui ont vu la lumière et qui sont rentrés mais qui sont les bienvenus», et, si la dérive se perpétue iront voir ailleurs. Pour le moins, ils ne pourront plus trouver ce qui a fait que les aficionados d’antan développaient une passion pour ce si particulier moment (je n’aime pas parler de la corrida comme d’un spectacle car la faucheuse plâne toutes les secondes depuis le paseillo jusqu’au défilé final).

Vous l’avez deviné je veux parler de la grâce du toro, l’indulto dans la langue de Cervantes.

Il est fondamental, pour notre devenir que l’indulto reste l’exception, pour les taureaux, pour les éleveurs ( ganaderos) pour le bon sens et la logique et surtout pour la survie de notre passion

 Je m’appuie sur un document joint rédigé par Roger Merlin, à l’intention des médias tauromaches, relayé par Hugues Bousquet de Lo Taure Roge dans lequel R. Merlin souligne l’aberration de la grâce à tout va. Oui cher Roger Merlin, ce véritable cri d’alarme est absolument justifié et pas assez développé par les revisteros.   

Cette grâce doit absolument être exceptionnelle. Elle représente une gratification pour les acteurs de la lidia ( combat ) - en fait les toreros ayant œuvré – car ils ont détecté le potentiel du taureau, l’ont exploité dans l’intérêt intelligent et noble d’un combat chevaleresque ( c'est-à-dire ne terminant pas devant un impotent, malmené par eux, toute la faéna de muleta durant, mais disposant de l’ensemble de ses capacités physiques ). Mais surtout, elle correspond à une réelle gratification pour l’éleveur qui, cinq années durant, avec une très lourde tâche de génétique, d’alimentation, de prophylaxie, a mis tout en œuvre pour ce grand bonheur qui consiste à récupérer un taureau ayant pu démontrer toutes ses capacités, analysées et admises par ses pairs. Il terminera sa vie dans son environnement natal, au milieu de ses semblables en œuvrant pour la reproduction de la manade. La noblesse du matador elle, est jugée sur ses capacités à travailler à l’aide de sa technique ( toreria ) non pas de façon égoïste en impactant les capacités de son adversaire ! Car à vaincre sans péril on triomphe sans gloire !  Un grand matador est celui qui reste longtemps au firmament en respectant tous ces canons et non pas celui qui a grâcié le plus grand nombre de taureaux.

Tous les moments de la course sont ponctués par des récompenses codifiées pour les différents acteurs,  je cite en vrac : applaudissements ou broncas, salut aux planches, au tiers, vueltas ( tour ce piste), oreilles, queues, pattes pour les toreros; arrastre lent, vuelta al ruedo ( tour de piste de l’arrastre - mules et taureau mort tracté -) et enfin nous y voilà: la grâce ( indulto ) pour le taureau. Utilisons les de manière plus pondérée !

Bernard ARSICAUD