19. janv., 2019

El Juli, de la ligne droite au contournement, Par Jean François Nevière

El Juli de la ligne droite au contournement.

S’il est un maestro qu’on a aimé, adulé, admiré dès son plus jeune âge c’est bien Julian Lopez EL Juli.

Il faut regarder très en arrière, dans les années 99 à 2003 l’enthousiasme qu’il déclenchait dans toutes les arènes du monde, son courage, sa technique déjà accomplie, sa détermination à tirer d’un animal sans bravoure ni fond tout ce qu’il était possible d’en extraire. Se souvenir de ces toros qui s’arrêtaient a demi passe, a hauteur d’homme, capables alors sur un léger coup de tête de transpercer le matador : Juli, « el niño », comme il détestait qu’on l’appelle, ne bougeait pas d’un millimètre, talons serrés, et toquait le bicho avec insistance, du tissu et de la voix, pour le faire passer entièrement.

En France, les aficionados ou ceux qui se pensent aficionados, rechignent toujours et manifestent leur désaccord devant les « desplantes » en fin de faena pour signifier au toro comme au public que le torero domine totalement l’animal. Se souvenir de Roberto Dominguez ouvrant son gilet face aux cornes et disant au toro : vas -y maintenant, tue moi !Ce n’est qu’une remarque en passant, mais quand un Paco Ureña, après avoir reçu deux coups de cornes, continue sa faena et défie le toro les yeux dans les yeux, il est insupportable d’entendre la petite foule des « connaisseurs » huer le matador. Et le Juli lui-même blessé, bousculé se plantant ( desplante..), rageur devant le toro, il n’était pas rare d’entendre des murmures désapprobateurs. Bêtise des publics qui se croient trop savants et jugent la démonstration du courage comme une vulgarité

Mais revenons à nos années Juli.

Il n’a échappé à personne qu’il a fait l’objet, ces dernières années, d’un désamour assez profond, lié à un certain manque d’engagement, allant jusqu’à déplaire au public le plus acquis à sa cause, celui de Mont de Marsan, par exemple.

Et cela ne suffit pas : d’une technique et d’une toreria sans faille, le Juli nous a tous excessivement agacés, avec ses estocades biscornues; fondées sur la rapidité et le contournement : « je me place face au toro, fais mine de basculer entre les cornes mais je vais si vite pour m’échapper que l’épée rentre dans le rincon au moment où je suis totalement hors de danger, déjà à hauteur du train arrière !! » Voilà à peu de chose près ce que pourrait signifier la manière dont le Juli tue désormais ses adversaires.

Or, que pouvait-on voir et lire, sous la plume de Jacques Durand, à propos des estocades du même Juli ?

Avec deux Jandilla à Séville en 1999 : « …El Juli…est retourné vers Ostrero, l’a dominé à nouveau en deux passes, l’a estoqué d’un coup d’épée sincère, avec cette rectitude que donnent les rages froides. »

Et encore plus avec des Victorinos à Bilbao en 2002, le même J. Durand écrit : « à Jaquetoncillo de Victorino Martin, el Juli doit le toquer à l’intérieur même de la passe et le solliciter plusieurs fois pour qu’il aille jusqu’au bout. Il le torée patiemment avec du temple et le tue comme il le fera pour tous ses toros : d’un grand coup d’épée porté en toute rectitude en s’abattant rageusement entre les cornes ».

Voilà, tout est dit. Entre 1999 et 2003 le grand Julian Lopez el Juli toréait « totalement ».

Aujourd’hui on aurait du mal à trouver une belle estocade au cours des cent derniers contrats que le matador a signés, signature qui ne dit pas comment tuer honnêtement, mais quand même, quand même….

Photo : Muriel Opinionytoros.com

J François Nevière.