25. mai, 2018

De la légitimité à la tricherie avalisée, banalisée et entrée dans les mœurs.

Le règlement qui régit la course de taureau à l’espagnole ( R.E.S.T. – Règlement Espagnol des Spectacles Taurins ) a certes besoin d’un gros dépoussiérage et l’Arte de Cuchares souffre beaucoup de ses carences et des contournements usités sur tous les continents, surtout au profit des toreros de renom. Bizarrement, nous ne constatons jamais ce genre de phénomène au profit des toros, cherchez l’erreur !

Beaucoup d’encre a coulé et nombre de discours, dans les assemblées générales et ailleurs, ont utilisé ce que je considère comme des subterfuges, toujours les mêmes,  phrases parties d’un constat : la diminution de la fréquentation des spectateurs dans les arènes : laissons de côté nos sensibilités mortifères qui n’ont plus, comme résultat, que de nous diviser, donc de nous affaiblir ( toristas qui privilégient les toros, toreristas qui privilégient les toreros, sensibilités nées à l’origine de la tauromachie  ). Argument choc, marronnier sorti du placard dans le but de faire peur. Comme les défenseurs de l’intégrité sont le plus souvent dans le camp des toristas, on les affuble volontiers de la qualification de « pro toro toro » (ce qui n’est pas faux). Ceux-ci veulent surtout des toros complets, capables de tenir les trois tiers, et, une fois sortis limpios en piste, que l’on ne rend pas impotent par une mono pique assassine; mais surtout pas des monstres Sumotori genre "colosses aux pieds d’argile", inaptes à « la course de toros »

L’affaiblissement indéniable de la fréquentation ne provient absolument pas de cet état de fait. Les responsables sont : La conjoncture économique, la duperie permanente et avalisée, entrée dans les mœurs conséquemment à la légèreté dans l’approche de certains et au manque de clarté du R.E.S.T. ainsi que de sa pâle copie, à quelques ponctuations et mots près ; le règlement de l’U.V.T.F. ( Union des Villes Taurines Françaises ) qui a le mérite d’exister mais qui reste subordonné à son ancêtre culturel et historique le R.E.S.T. ainsi que du manque de moyen de rétorsion à la disposition des Présidents et Alguazils ( je rappelle que, outre de s’occuper de l’enlèvement des excréments et de l’état de la piste, leur rôle de surveillance du bon déroulement en font les gendarmes de l’arène ).

Il n’est pas dans mes objectifs, ce jour, par ce papier, de lister toutes les tromperies qui d’une part sont légion et finissent par lasser, je dirai même « gaver » les vieux aficionados dont je suis maintenant et troubler les plus jeunes qui finalement n’ont aucune source de référence entre les règlements poussiéreux et imprécis et les gardiens du temple : toristas que l’ont fait passer pour les empêcheurs de tourner en rond et/ou enfileurs de mouches et les toreristas qui, soit pensent que nos divisions sont mortifères et donc sont prêts à tout avaler ou presque, pourvu que la poussière reste sous le tapis ( et encore pour les plus aguerris ), soit sont du style de notre ami « amoureux des picadors aux longues piques ....», en barrera à Vic, avec ses tenues excentriques, qui écrivait à souhait dans une feuille de chou taurine « mon dieu qu’il est beau le torero » !

Néanmoins, nous sommes bien ici au cœur du sujet ! La lassitude d’être pris pour des moutons payeurs et d’être tout le temps roulés dans la farine par les arrangements entre amis ( toreros choisissant les carteles à la place des empresas, étouffant les jeunes pousses comme le Roundup les herbes folles, en toréant partout pour le G… on ne sait plus d’ailleurs combien  - groupe de toreros du haut de l’affiche dénommés figuras -, en allant toréer dans les plus petits pueblos pour ne pas que des jeunes puissent s’aguerrir et leur faire de l’ombre mais surtout diminuer leurs parts du gâteau !!!! ) je ne vais pas non plus lister ces toreros foulant au pied la justice, l’humain et les règlements, mais adulés, qui malheureusement régissent notre art.

J’exprime seulement mon ras le bol des censeurs : « divisions mortifères » , des angéliques : « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » , des bandits de grands chemins précédemment évoqués, bref j’en suis à un point ou je ne peux plus accepter la version : le mundillo est pourri, il faut faire avec car, quelque part, j’en fais partie donc,  d’une façon ou d’une autre, je cautionne !

J’ai dépassé le stade de réflexion positive qui consiste à dire : mais non, demain il fera beau... car je n’ai absolument plus aucune confiance dans la conscience humaine.

Il n’y a qu’une chose qui me motive un tout petit peu encore c’est de voir avec quelle belle âme se battent certains d’entre nous, pour le bien de tous, au sein d’organismes fédérateurs, sans absolument aucune aide financière jusque là, à courir les réunions et les nécessités ainsi que les courses aux quatre coins de notre sud, voir plus…et que d’aucun critiquent avec une vergogne intolérable leur véritable « sacerdoce »…cela me donne des hauts le cœur !

Détruire est facile, construire représente une autre entreprise !

Pour illustrer ces propos, j’ai choisi une photo qu’a mis sur le net, mon vieil ami Gaston Ramirez Cuevas ( qui dit qu'à la mise à mort certaines fois le Juli pourrait faire passer un autre toro entre son corps et le toro concerné.....) montrant Juli le Ruffian Roublard qui, pour compenser ses carences lors de la suerte de matar entoure sa méthode nouvelle ( par rapport aux Volapie, Al encuentro, Récibir etc… ) de théories fumeuses. Actions qui peuvent être extrêmement nocives quand on sait comment il est facile d’agréger des passes, des façons de procéder ( carioca dévoyée pour peser encore plus sur le toro alors que, quand elle est utile pour des mansos ou mansos con casta comme Verdillo à Vic, les piqueros ne le font pas de peur de se ramasser une bronca ! ). Rappelons à ce stade que ce très grand torero peut très facilement faire école compte tenu de sa notoriété !

Après, vous vous étonnez du manque de fréquentation ? du fait que les spectateurs applaudissent lorsque le picador ne pratique qu’une piquette ? du fait que les toros soient faibles du train arrière – siège de toute leur puissance – comme les quatre Pedraza ? Pedraza, avec une procedencia El Pilar, une alchimie que je voudrais que l’on m’explique sur neuf ou dix ans d’ancienneté, arriver à sortir quelques toros de vrai respect produisant des tiers de pique d’anthologie ( quelques… car après les quelques toros exceptionnels de Dax ces derniers temps, il n’y a quand même pas eu grand-chose d’autre… ), mince, encore un mystère.

Est-ce que ce monde est sérieux ? disait Cabrel...

Nous en arrivons donc à des jeunes ou un peu moins, mais valables, que l’on ne fait pas toréer, des jeunes bien moins affutés que l’on nous impose, des toreros qui ne veulent plus venir à Vic ou à Ceret, deux seules plazas ou heureusement tentent de persister quelque peu l’esprit d’intégrité et le respect ( du toro, entendons nous bien !!! ) et à l’inculture tauromachique généralisée, non parce que le monde d’aujourd’hui n’engendre que des abrutis ( quoi que … ) mais parce que les repères disparaissent ! Rappelons qu’une course de toros compte trois entités majeures : le toro, le Président et ses assesseurs, et le public qui fait vivre tout cela de ses deniers et qui donc, s’il est éduqué, peut être redoutable pour certains !  

 

Photo sur le site Al Toro Por Los Cuernos

Bernard ARSICAUD