10. juil., 2017

Mort du ganadero portugais Jose Pereira Palha

Le ganadero portugais Jose Pereira Palha est mort à Lisbonne à 65 ans, après une opération qui a échoué. Jose Palha est le paradigme de la domination portugaise, homme doux et instruit, franc et sans détour, il a été respecté et apprécié par tous ceux qui le connaissaient.

Le corps de José Palha (65) sera à 18 h aujourd'hui dans la Chapelle de Santo André, dans la Finca de Santo Isidro, dans Pancas (Samora Correia), où il a vécu. A 19 heures une messe aura lieu. Demain, une messe sera donnée à 12 heures après les cérémonies funéraires (crémation).

Membre de l'une des familles les plus prestigieuses du campo bravo portugais, titulaire du fer, avec à l'origine du sang origine Concha y Sierra.

L'élevage fondé en 1848 par Antonio José Pereira Palha commence par traverser l'histoire de la corrida en semant l'épouvante avec ses toros mastodontes, très armés et puissants. Une corrida de Madrid avec au cartel Lagartijo et Frascuelo, le 29 avril 1889 constitua le début de la terrible réputation de cet élevage. Les deux « pointures » de l’époque et le critique taurin Don Candido, chargé de couvrir l’évènement, furent très impressionnés par le comportement de ces fauves :

«Les Palha de cette fameuse journée prirent un nombre de piques presque double de celui que prenaient couramment les toros espagnols. Les chutes [de picadors] qu'ils occasionnèrent furent monumentales. Il n'y eut aucun brusque coup de cape capable de leur casser les pattes et, lorsqu'ils poursuivaient un péon, ils sautaient la barrière derrière lui pour le prendre. Aux banderilles, impossible de les freiner au moyen des capes et, à l' instant suprême, les matadors les trouvèrent comme des chats, les griffes en l'air.» Ainsi, les toros Laguilucho et Criminoso prendront onze piques chacun et tueront chacun quatre chevaux. Botijo, qui a plongé dans la contre-piste, blesse le péon Ojitos, et Borriquero sautera sur un inspecteur de police . Au total ce jour-là, les Palha ont pris 52 piques, renversé 16 fois le picador, tué 13 chevaux, non-protégés à l'époque.

Le 17 août, à Ciudad Real. Le second Palha encorne le torero Hermosilla, et le sixième, qui a tenté de monter dans les gradins, sème la panique parmi les musiciens de la banda, qui abandonnent dans leur fuite leurs instruments. Déclaration du torero Currito, qui a dû se taper les six monstres : «Je lui ai tué six toros, à Palha, je ne lui en tuerai pas plus.»

«Horreur, terreur et fureur» devient la devise de la maison. Les figuras de l’époque Belmonte, Joselito n’ont jamais croisé un Palha, mais cela n’étonne personne. Les générations de successeurs avaient donc de qui tenir. En revanche, l’élevage fut victime de leur diktat et des taureaux plus « commerciaux » firent leur apparition.

Furent croisés pêle mêle pour le bien ou pour le mal, du Pinto Barreiros,  Oliveira Irmaos, Miura, Baltasar Iban – Torrealta, tous  les  efforts  portèrent  sur   ces  mélanges  de  sangs. Les derniers cités réalisés par le gestionnaire actuel.

Citons Jacques Durand au sujet de cet élevage :

« C'est que, même modifiée et peignée, la caste court toujours comme un fleuve sous-terrain, et ressort à l'occasion. En 1974, à Madrid, six Palha ramènent l'émotion du toro bravo et reçoivent le prix du Meilleur Elevage.

Galricho triomphe lors de la corrida concours de Salamanque, en 1975.

L'élevage familial est maintenant divisé entre deux cousins. Fernando Palha, dont les toros s'annoncent sous l'intitulé «héritiers de Maria do Carmo Palha», et João Folque de Mendoza, qui possède le fer et le nom de Palha. Ils ont deux philosophies différentes. Fernando tente de refeuilleter la généalogie des Palha pour retrouver les anciens apports qui ont fait la ganaderia. Les robes spectaculaires et très diverses de ses toros, leur physique parfois, en portent les échos. Ainsi, quelques Palha de Fernando, hauts et osseux, sont comme des cousins des Miura. João Folque, lui, a en 1988, via les étalons Tremendo et Pouca Roupa, introduit du style Domecq, branche Torrealta, puis y a versé en 1996 du tempérament Baltasar Ibán. Son Palha new look est très mobile, parfois plus mobile que bravo, et généralement bagarreur sous la pique. En voyant les bonnes manières de certains d'entre eux à la muleta, on peut se demander pourquoi les cracks ne s'y frottent toujours pas. L'obsolète légende des Palha de l'enfer brûle peut-être encore dans leur tête, et les figuras savent que le fair-play est une ruse du diable ».

Joa Folque de Mendoza possède 500  têtes  de bétail   dont 170  vaches  de  ventre. Il  fait lidier dans une temporada une quarantaine de toros.

Bernard ARSICAUD