5. mai, 2017

El pana un an déjà

Il y a un an et quatre jours, le premier mai exactement, Rodolfo Rodriguez El Pana était victime d’un accident gravissime occasionné par le toro « Pan Francés » de la ganaderia Guaname dans les arènes de Ciudad Lerdo ( Durango – Mexico ). Le terrible diagnostic tombait : tétraplégique !

Au terme d’une agonie d’un mois, le torero décédait le 2 juin 2016, à l’hôpital de Guadalajara à l’âge de 64 ans, d’un arrêt cardiaque. C’est à coup sur la mort dont il rêvait, presque la muleta à la main.

Né le 2 février 1952 à Apizaco ( Tlaxcala – Mexique ), El Pana était l’une des personnalités les plus extravagantes du mundillo. Son apodo, diminutif de « panadero » qui signifie le boulanger, lui venait du passé car il avait exercé cette profession, de même que celle de fossoyeur. C’est peu avant ses trente  ans qu’il s’était découvert une passion pour la tauromachie et eut son alternative dans les arènes de Mexico, le 18 mars 1979 à 27 ans , des mains de Mariano Ramos et comme témoins Curro Leal.

Son parcours atypique le fit également passer par la case tribunal lors d’une condamnation pour proxénétisme. Pour sa dernière prestation dans les arènes de Mexico en 2007, il a d’ailleurs porté publiquement un toast aux dames de petite vertu pour les remercier de lui offrir protection et abri dans ses plus grands moments de solitude : "Je brinde  aux putains et aux courtisanes, à celles de lèvres rouges et de talons dorés qui adoucirent ma soif et rassasièrent ma faim en abritant ma solitude entre leurs cuisses et leurs seins.  Que Dieu les bénisse pour avoir tant aimé."

 

Torero autoproclamé romantique, excentrique, il était admiré par beaucoup, raillé par certains, notamment sur la fin de son parcours vraiment pas ordinaire.  Il assumait parfaitement son originalité car dans le cas contraire, la profession l’aurait totalement marginalisé. Il alternait néanmoins, comme beaucoup de ses congénères, entre de grands moments d’absence et d’autres de sincérité et profondeur durant lesquels le nombreux public, de ses partisans, prenaient beaucoup de plaisir alors que d’autres, ne le connaissant pas, apprenaient les tenants et aboutissants de cet auguste personnage qui, en outre, lisait de façon acharnée Balzac !

Sa participation à l’art du toreo est importante. Dans le droit fil de la tradition mexicaine, il travaillait avec le plus grand soin des suertes inédites et journellement s’obstinait à ralentir son toreo : il disait « toute la volupté du toreo réside dans la lenteur ». Le vieux maestro passait en effet des heures, dans la moitié des arènes d’Apizaco à dérouler de lentes arabesques. L’autre moitié, occupée par les niños de l’école taurine du lieu qui avaient du mal à se concentrer, rêvant de rejoindre le vieux lion leur idole.

Inventeur de 9 suertes à la cape, de 5 aux banderilles, de 7 à la muleta et de deux à l’épée, sa dimension  n’a en effet pas toujours été appréciée à sa juste valeur. Pour exemple, il songeait, sur sa fin de parcours, à confirmer son alternative à Madrid en alternant avec de vieux gladiateurs comme lui. N’ayant pu le faire au temps de sa gloire, peut être à cause de sa marginalité non appréciée du sérail, il n’a pas eu la chance de concrétiser son rêve.

Je voudrais citer un paragraphe de Jean François Nevière, notre Président, le dépeignant en réponse à ses détracteurs :

 « Ces 20 blessures gravissimes ces trois fémorales, qu'on a tendance à oublier, il les devait à un engagement sans limite. Pana n'était pas un brodeur de faenas précieusement ourlées. Non. Il était l'homme d'un style absolument personnel, je ne veux pour illustrer le propos que l'exemple de ces muletazos de la main droite, penché sur le toro comme pour l'inviter à passer par une porte aimablement tenue, le bras gauche cassé rejeté en arrière du corps, ou que ces paires de banderilles coincé aux planches, Al Calafia, sans recours ni sortie possible en cas de derrote du toro, et bien sûr, ces naturelles conclues par un pan de muleta tombant au sol dans un abandon discret et sublime.

Mais les aveugles, ceux qui parlent du Pana comme d'un comique, les mêmes qui ont hurlé à l'imposture d'un Curro Romero ou d'un Morante, peuvent bien sourire avec ironie...Ils se privent par leur défaut de vision, des choses les plus émouvantes les plus profondes que le toreo peut offrir »

Le Gran Pana comme le qualifiaient affectueusement ses nombreux amis et  admirateurs nous a fait le grand honneur de nous conduire, une journée durant, pour la visite du village de Tepotzolan, du site remarquable d’Arcos Del Sitio et son aqueduc ancien et pour une tienta, en suivant à la ganaderia « La Guadalupana Ibarra» de Juan Flores Chaves au cours de notre dernier voyage au pays des aztèques. Cette journée était couverte par une chaîne dédiée de la télévision mexicaine « Mexico Bravo » et une équipe de tournage conduite par l’ex-novillero Jose Antonio Hernandez dont voici la vidéo :