2. mars, 2017

Feria d'Ambato ( Equateur ) Jose Garido triomphe

 

Lundi 27 février 2017  

Jean Michel Sieklucki

Gros tiers d’arène – beau soleil – vent quasi nul.

Six toros (si l’on peut dire) de Jose Luis Cobo, 3 Vista Hermosa et 3 Mirafuente. Six invalides mansos qui passèrent plus de temps couchés, à genoux, sur le ventre voire sur le dos que sur leurs pattes.

Je frémissais à l’idée de revoir Cruz Ordonez, torero équatorien. Je l’avais vu à Tambillo, dans la banlieue de Quito, il y a trois ans. Son niveau technique était à zéro. Je crois, après avoir vu la corrida d’hier, qu’il a encore régressé. Pour être juste il faut reconnaitre qu’il s’est amélioré dans un secteur où il était déjà bon, que j’appellerais le « toreo de posture ». Une façon très personnelle de toréer le public dans le but de lui faire prendre du vide pour une passe magique voire historique. J’ai toujours détesté ceux qui trompent. Ici un public acquis était prêt, comme à Tambillo, à tout lui octroyer. Le drame fut qu’il ne sut même pas en profiter et qu’aucun trophée ne tomba. Responsable de cet échec face à un succès programmé : l’épée, ce juge de paix de la tauromachie. Après un toreo de profil, sans élégance, le long des planches, désarmé, mis en fuite, vinrent en effet une première pinchée et une deuxième sur le côté. Une curieuse et très minoritaire pétition d’oreille (la famille sans doute) m’agaça. Pour expliquer mes gestes de découragement à mes voisins, je leur dis dans un français qui se traduisait tout seul : « toro invalide, torero incapable ».  Formule lapidaire qui résumait à mon sens ce triste spectacle.

Son second toro se cassa la patte en faisant vingt mètres sur les genoux avant même d’avoir été touché. Un toro de verre. Son remplaçant, un manso désastreux, trouva tout de même le moyen de désarmer le torero à la cape à la suite de lamentables chicuelinas. Le toro passa une grande partie de son temps à terre. Un torero de profil devant un toro couché, tout un programme ! Faena interminable faite de passes banales exécutées sans élégance. Devant le toro qui s’avisait il y mit enfin un terme par une mise à mort catastrophique. Un pinchazo, un recibir manqué et un troisième voyage approximatif. Aucune pétition. La famille avait dû partir. En revanche il revint saluer au tiers sous les applaudissements et là, il fut bon.

Paco Ureña hérita d’un premier toro negro plutôt élégant de présentation. Laborieux à la cape du fait d’un toro hésitant. A genou sous la seule et unique petite pique. Le maestro espagnol, auteur d’une bonne saison 2016, sut tirer de l’invalide un bon quite de cape. A la première charge aux banderilles le toro fit un « tonneau », comme une voiture. Surprenant ! Brinder un invalide au public m’a toujours choqué. Seul Ponce peut triompher avec un tel toro. Mais tout le monde n’est pas Ponce. Face à un toro sans charge Ureña eut le mérite de tirer une bonne série à droite, puis une seconde meilleure encore. Il allongea, l’espace de ces deux séries, une charge réduite au minimum. Belles naturelles, bras très allongé avant que le toro ne finisse de s’éteindre. Le torero tenta alors, peut-être contre sa nature, quelques éléments de tremendisme pour réveiller le public qui n’appréciait pas son classicisme à sa juste valeur. Légèrement bousculé par un toro qui se mit à tourner vite en milieu de passe, il posa une épée très bien placée mais rentrée d’un quart seulement. Nécessité d’un descabello parfaitement réussi. Silence total. Pourtant on avait vu de bien beaux gestes, mais, il est vrai, pas de toro.

Son second, castaño de 463K, lui permit de jolies véroniques, buste penché en avant à l’extrême pour une media originale. Mal amené au cheval le toro ne fut pas piqué du tout. Pas une goutte de sang ! Après avoir fait sonner les étriers, le picador qui avait manqué son geste, ne le piqua pas et on changea de tercio. La faiblesse du toro était telle que ce fut mieux ainsi. Si l’on peut dire du moins car ce fut, une fois encore, un toro fuyard, passant son temps à genoux et sans aucune charge. Ureña fit durer interminablement une faena qui n’en était pas une. Par bonheur il donna un formidable coup d’épée d’effet immédiat. Son engagement dans ce dernier geste pouvait valoir une oreille. On la lui donna.

Jose Garrido était attendu comme l’homme de la feria. Son portrait était sur l’affiche qui trônait en ville. Il ne tint pas ses promesses. Mais sans toro peut-on lui en vouloir ?  Le premier, negro de 470K lui permit quelques belles véroniques avant de fuir le cheval. Il évita lui aussi toute pique. Après avoir reculé sur les premières passes de muleta, Garrido arracha de belles naturelles à un toro inexistant. Bousculé lui aussi et envoyé à terre sans dommage, il tenta à nouveau sur la droite. Désarmé par un toro qui avait compris et qui ne voulait pas jouer. Une épée caida, mais immédiate d’effet, déboucha sur une grosse pétition d’oreille refusée par le président à juste titre. Salut au tiers et vuelta du maestro.

L’invalidité du second fut évidente dès sa sortie. A Vic il n’aurait pas été accepté même en novillada. Génuflexion devant le cheval. Déjà vide à la cape. La musique (dégoutée ?) était partie jouer ailleurs. Elle fut remplacée par un enregistrement de paso doble diffusé par des baffles au son déplaisant. Garrido s’employa avec brio à tirer de bonnes séries d’un toro déjà mort. Il le fit sur les deux mains avec des gestes classiques. Trop engagé sur le terrain du toro, il finit bousculé et désarmé. Il fut moins long que son prédécesseur  et, comme lui, réussit une magnifique estocade après de belles manoletinas croisées. La mort immédiate réveilla le public qui exigea les deux oreilles, la seconde accordée à tort par le président.

 

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