28. févr., 2017

Feria d'Ambato ( Equateur ) Triomphe de Juan Bautista

Notre ami et membre de M A Y T, Jean Michel Sieklucki, était à Ambato  ( Equateur) et nous envoie sa reseña de la corrida au cours de laquelle Juan Bautista a triomphé. ( texte et photo de l'auteur )

Feria d’Ambato – Equateur.     (Dimanche 26 février 2017)

Demie arène – nuageux – quelques gouttes éparses – vent léger.

Grand triomphe de Juan Bautista : Trois oreilles qui en pesaient quatre.

Confidence de son épouse, c’est elle qui avait fait le sorteo pour lui le matin. La main de l’amour lui avait tiré les deux meilleurs de la tarde.

De façon globale les six toros de Jose Luis Cobo, éleveur équatorien et ancien torero, 4 Vistahermosa et 2 Mirafuente, étaient dans le type de l’élevage, bien proportionnés, élégants, autour de 450K et petits de cornes, un peu plus armés pour les 3èmes et 6èmes de Ginès Marin. Les deux de Jean Baptiste d’une noblesse absolue, de grandes et inépuisables charges, surtout le premier. Les autres plus difficiles, avisés et parfois réservés. Trop souvent faibles sur pattes.

A son premier toro Jean Baptiste fut d’entrée impérial en véroniques templées et douces. Pour sacrifier à la mode sud-américaine, il entama sa faena à genoux. Suivit un festival de passes variées agrémentées de changement de main. Le geste est pur et précis. Un toreo classique, relaché, sans approximation. Il abandonna un moment l’épée pour des séries liées et serrées comportant des redondos d’excellente facture. Le tout avec une totale sobriété, sans un appel de la voix ou du pied, sans un geste déplacé à l’égard du toro, sans desplante tapageur. Bref, une faena de très grande classe, digne des plus grands. L’épée fut annoncée par des ayudadas de la droite d’une incroyable douceur. Comment mieux conclure une faena de rêve que par un recibir parfait ? Le toro tomba vite ainsi que ses deux oreilles amplement méritées.

Nous n’espérions pas retrouver la même qualité au second toro. Nous avions tort. Elle était là. Quand un toro noble et doux ne transmet pas d’émotion, le maestro doit tout faire. Jean Baptiste fit tout. Il nous donna la même émotion artistique qu’au premier. Et ce avec un toro un peu plus faible. Même récital varié et élégant. Ce garçon a  acquis ces dernières années une maturité, une élégance et un dominio qui le hissent enfin au niveau des plus grands. Il me confia, après la corrida, avoir pris un grand plaisir à toréer et cela se voyait. Les zapatillas enlevées en témoignaient. Que retenir de cette seconde merveille ? Des véroniques au centre, mains basses, lentes, avec une media main tombée remarquable. Un brindis à son épouse. Il lui devait bien cela. Un toreo de face, un cite à distance pour mettre en valeur la charge du toro. Passes de dos, mains changées. Tout y était une nouvelle fois. Pétition d’indulto lors de la prise de l’épée. Jean Baptiste donna alors sa chance au toro. Il ne le comprit pas et ne passa plus. Le geste du président fut clair et impératif. Un nouveau recibir qui eut été parfait si le toro n’avait pas glissé dans sa course faisant légèrement dévier l’épée. Un magnifique descabello mit fin à notre immense plaisir. Une oreille qui en valait deux, à quelques centimètres près.

Une banderille bleu, blanc, rouge témoignait de notre fierté. Le torero français avait donné en terre équatorienne une bien belle leçon de tauromachie. Le public criait son amour pour la fiesta brava et sa détestation de son ennemi juré aux cris de « Correa fuera ».

 

Guillermo Alban : 2 oreilles qui en pesaient une.

Le grand torero équatorien attire la sympathie de tous et l’amour immodéré de son public. Malheureusement on ne put que remarquer très vite son manque de confiance et son sitio très approximatif. Des toros plus avisés se devaient d’être dominés. Il n’en fut pas capable en dépit de son courage et de son élégance naturelle. Un torero sur la marche arrière, ne toréant que de profil. Echec à la mort avec une première atraversada. Comme il est difficile de tuer quand le toro n’a pas été dominé et que la confiance n’est pas là ! Un avis en raison d’une faena trop longue. Un salut au tiers.

Son second toro était certainement le mieux présenté. Castaño-negro de 450K. Des véroniques très moyennes et hautes. Une fuite par chicuelinas à distance. Une bonne mise en suerte marchée au cheval. Entame de faena au centre avec le « pendule » toujours de gros effet sur le public. Bien exécuté sur trois passages pieds joints. Cependant le manque de confiance et de pratique réapparut vite. Un toro trop souvent à genou le désarma lorsqu’il fit une brève apparition à gauche. Faena une nouvelle fois trop longue terminée par de méritantes manoletinas. Une très bonne estocade fit tomber deux oreilles parfaitement imméritées. Une seule aurait très largement suffi venant récompenser l’épée. Ce furent ce que j’appelle des oreilles équatoriennes.

A retenir de très belles banderilles d’un péon dans les cornes justement applaudies. Détail amusant et local, le public décide de la musique qu’on doit jouer. L’orchestre entamant en cours de faena une musique ordinaire fut sifflé copieusement par un public qui réclamait celle d’Ambato plus enlevée. La musique s’exécuta aussitôt. Quelques instants plus tard c’est le maestro qui réclamait « sa » musique. Retentit immédiatement l’hymne de Guayaquil dont il est originaire.

 

Ginès Marin.Que retenir des deux passages sans trophées ni reflet du jeune espagnol ? Mal servi au sorteo. Peut-être gêné par l’altitude ou plus simplement dans un mauvais jour. Ils en ont tous. Je ne l’avais jamais vu. Que nous a-t-il montré ? De jolies véroniques mains basses. Une bonne entame à gauche par aidées continuées au centre par une belle série de longs derechazos liés. On découvrait son talent, mais on n’en verra pas plus. Averti sur la gauche, il n’insista pas et fut dominé par son toro. L’inverse eut été préférable. Une première épée placée mais media et insuffisante. Une deuxième pinchée. Une troisième atraversada. Mort rapide à la quatrième.

Le dernier était le plus lourd (480). Une tête mobile se devait d’être fixée pour entamer vraiment la faena. Incapacité, manque d’envie, le jeune espagnol rendit bien vite les armes et tua bien. On avait vu en quelques éclairs fugaces d’évidentes qualités.