23. sept., 2016

Nîmes, après les Vendanges 2016.

La tentation passée de commenter immédiatement les corridas d'une feria, la mémoire et l'esprit s'ouvrent et font le tri. Huit jours depuis Nîmes..

Passé au tamis des émotions que l'on retient, mélange habile mais involontaire de geste technique et d'art propre aux toreros que nous avons vu oeuvrer, le résumé d'une feria  se décante de lui-même et ne reste que l'essentiel.

C'est une démarche paresseuse si l'on veut, parce qu'il est plus facile de raconter le soir-même ce que l'on a vu et éprouvé durant une corrida, mais c'est une propédeutique infiniment plus subtile d'agir ainsi car, de tout le minerai extrait, il faut ne conserver que les pépites.

Et cette année  le filon était de grande qualité.

A tout seigneur tout honneur : le TORO fut présent et sut tenir son rôle prépondérant de roi de la fête.

Les Adolfo Martin donnèrent  du fil à retordre à un Sébastien Castella sérieux et conscient  de l'enjeu.  Sa faena au second toro, pardonnez la trivialité du mot, me paya largement le billet. Et, comment dire cela sans emphase, le matador sut adapter son toreo sans se plier aux exigences de ces animaux en les toréant plié en deux, pour les faire tourner comme jadis certains toreros . Castella, lui, resta vertical et cela n'est pas son moindre mérite.

Le torero de Béziers sortit à pied,  décu de n'avoir coupé que deux oreilles sur un lot de 6 toros... Pour moi la faena donnée au deuxième méritait que le palco se fendît d'un deuxième mouchoir... le cours des choses en aurait peut-être été changé.

Mais bon... on ne s'ennuya pas.

Il y eut le lendemain Thomas Joubert, indéfinissable image de Manolete, absolument impassible et intériorisé, aguantant comme pas un, planté devant le toro comme s'il allait lui imposer sa force mentale, l'obligeant à passer dans le tissu et si ça ne veut pas marcher, c'est le toro qui bouscule ou encorne l'homme. Thomas faillit mourir ce jour-là, perte de connaissance, puntazo au mollet droit, retombant sur l'épaule, recevant un coup de sabot sur la machoire gauche... Revenu in fine pour tuer son deuxième toro, il nous fit frémir, inchangé dans sa réflexion d'un toreo totalement inspiré, sans démonstration inutile, droit, abandonné au sort heureux ou malheureux qui le guette et tuant superbement, le public à ses pieds lui obtint les deux oreilles amplement méritées.

Manzanarès, élégant et beau (mais cela chacun le sait, ne fait pas tout), assura la minimum syndical.

Ce matin là, Juan Bautista fit preuve de toute la classe possible. Comme chef de lidia, il avait dû se charger du toro de Thomas Joubert blessé. Il le fit avec l'exact dosage de technique et de rapidité nécessaire, sans vouloir briller. Bravo Maestro.

Jean Baptiste nous offrit ensuite un grand moment avec un toro qui aurait, en d'autres temps à Nîmes, fait l'objet d'une demande d'indulto, un grand et noble Victoriano del Rio que certains trouvèrent trop "bonbon"... toujours est-il que ce merveilleux animal garda la bouche fermée pendant deux ou trois minutes  avant de mourir en brave, son matador assis à l'estribo à côté de lui au moment fatal, après lui avoir administré une superbe estocade a recibir. Le silence de l'arène, respecteux au suprême de la mort de ce toro m'a serré la gorge et on a dû être quelques uns à éprouver ce sentiment mêlé de tristesse, de joie et de plénitude devant la mort de l'animal.

Le soir, fin de feria, cartel très attirant : un lot bien fait, bien armé de Nuñez del Cuvillo.

Alejandro Talavante, Lopez Simon et l'alternative de Luis David Adame.

J'étais assis à côté des parents du nouveau matador. Le toro d'alternative permit le passage d'examen, l'oreille tomba, c'était déjà une fête. Mais encore seulement une fête, comme on a une mention bien au bac...

Talavante et Luis David se répondirent plus tard par quites de gaoneras et caleserinas, aussi bien l'un que l'autre, le parrain et le filleul à égalité.

Ne parlons pas de Lopez Simon qui en dehors de belles séries au capote nous déroula comme toujours son numéro de "pega pase"  ennuyeux et tremendiste à souhait.

Le clou, ce fut le dernier toro.

Luis David, que j'avais vu bon ou très bon en Espagne, banal et un peu en retrait à Bayonne, me fit ressentir, avec autant de force et d'émotion  que son frère Joselito, la vérité pure d'un toreo courageux, engagé, techniquement au point, d'un matador déjà affirmé.

Sur la quatrième ( troisième?) zapopina qu'il tentait, le toro, un peu en retard par rapport au lance de capote vit le matador, lui fila un coup de corne  au bout de la main gauche qui tenait le tissu, rechercha l'homme au sol qui roula pour échapper à cette corne droite qui fouillait tissu et sable sans atteindre l'homme.

Le brindis fut pour la famille, père, mère, soeur... Le torero n'avait pas oublié que c'était sur cette foutue corne droite qu'il avait failli. Il infligea 5 naturelles basses au bicho qui en oublia  sa droite. De cette manière, si mûre et digne d'un vieux briscard, le matador put retoréer sur la droite sans danger et tuer d'un sabre formidable.

La fête était parfaite : Joselito Adame suivi du petit Alejandro porta son frère cadet en triomphe, le benjamin sera bientôt lui aussi novillero en N P, une famille de toreros mexicains dans une fratrie ultra douée, des parents qui  viennent assister à cette corrida et surmontent leur peur, la joie d'avoir triomphé , ce n'est qu'un début!!

Une dynastie est née.  Los ADAME!!!  LOS TRES ADAME!

Soy Adamista!

 

J F Nevière