16. août, 2016

Dacquoiseries

Dimanche 14 Aout 2016.

Corrida matinale Dax. Toros de Domingo Hernandez.

El Juli, Lopez Simon, Roca Rey.

 

Jusque-là la feria dacquoise avait été plutôt pâle et sans grand intérêt.

Un je ne sais quoi flottait dans l'air, un avant goût de "bonne affaire", de réussite que l'on devrait à ce cartel "commercial".

Et en effet cela commença très fort.

Julian Lopez, à quelques heures d'affronter José Tomas à San Sébastian ne s'est pas dégonflé, a voulu faire le job et a mis en valeur un toro auquel  il méritait de couper une belle oreille, oreille d'autant plus méritée que pour une fois il n'avait pas tué en passant par les boulevards extérieurs, mais d'une épée un peu en arrière assez honnête en comparaison des "julipié" dont il est devenu si coutumier.

Mais voilà !! Vous allez voir ! Le public réclama donc l'oreille, qu'il obtint du palco présidé par un certain Duchon. Petite pétition de la seconde que ce faible président accorda sans barguigner.

Erreur fatale vous allez voir la suite.

Nous fûmes un certain nombre à protester cette seconde oreille et lors de sa vuelta, le Juli comprit qu'une seule  aurait grandement suffi.

Entra en lice le pega pase Lopez Simon qui fit merveille devant le public touristique; et, comme il avait tué  assez haut et droit, la pétition d'oreille fut récompensée par Duchon premier de... une.. puis.. deux oreilles!!

Ou allions-nous arriver, il nous manquait de voir encore ce que ferait Andrès Roca Rey le phenomène péruvien qui avait été étincelant la veille à Béziers et ne refusait jamais de se livrer totalement devant un public qu'il voulait conquérir.

Venu pour ça, il fit des merveilles, inventif, aguanta sans broncher, finit le tercio de capote d'une main cadencée rythmée après des gaoneras superbes de face, marchées.. la gamme complète mais allurée, artiste, idem avec la muleta, et pour finir, une épée en plongeant droit entre les cornes!

Le public hurla, vociféra quand l'autre idiot là-haut refusa de donner le deuxième trophée amplement mérité pourtant.

Duc(h)on se fit traiter de tout, de "cabron", de voleur, d'imbécile, d'"idiota" en particulier par quelques uns de mes voisins hispaniques!

Comment réfléchit ( s'il réfléchit, mais cela personne ne le saura jamais) un "président" tel que ce Duchon? Voici son mode de pensée: "J'ai donné sans raison deux fois deux oreilles, c'est trop, il faut que je réduise le rythme des gâteries et donc je ne donne plus autant, je  retiens ma main, et d'ailleurs comme je ne vois pas la différence, je ne donne qu'un trophée...on verra bien après...

Ah le Duc(h)on!! Quel étalon!

On était à mi-course, le lot de Domingo Hernandez était bon, tenait sur ses pattes, on piquait très peu mais tout allait bien...Comme dit mon excellent ami aficionado P. C. c'était une bonne corrida commerciale.

Entre le 4ème cornu pour Juli qui, ayant déjà rempli sa musette se dit : "ne forçons pas le destin, je me réserve pour San Sebastian". Ovation.

Entre le 5ème pour Lopez Simon.. travail sans génie, applaudissements..

Enfin le sixième que Roca Rey traite en prince. Le péruvien "déroule", souple, chic, distingué, sans peur et sans reproche et tue bien. Comme la pétition d'oreille est unanime le trio de clowns de la présidence "technique" (hihihi!) octroie l'oreille.

Egalité totale au final: 2+2+(1et 1)=6.

Alors que le compte juste eût été 1+1+(2et 1)=5.

Mais ce genre de subtilité échappe totalement à ce président et donner 3 oreilles à Roca Rey contre une seule au Juli, c'aurait été un crime de lèse majesté.

Mais continuons, agravons notre cas. Le dejeuner passa là dessus et vers 17h30 j'étais au patio de caballos. Japerçois un des assesseurs de la présidence matinale et lui dis, mi sérieux mi rigolard ( textuellement): " ben dis donc! ce matin tu étais affublé d'un sacré con au palco!"

Echo: Tiens il est là à côté de toi!

Moi: ah bon?

Le président: Oui le con c'est moi!

Moi : Vous me voyez ravi! permettez que je vous serre la main!

Lui: ben non alors! et il tourna le dos.

Le soir, présidence tournante, l'assesseur était devenu président et le Duc(h)on  assesseur.

Les rôles étaient donc redistribués et on vit alors les toros de Pedraza de Yeltes se faire assassiner aux piques par deux fois. Celui de ces gros et puissants toros ayant reçu une énorme ration d'acier à trois reprises vit son torero demander le changement... Hélas le public landais, transformé en Public de Cenicientos, exigea une quatrième pique... c'en était trop, Rafaelillo aux anges n'avait plus rien à faire, le toro était mort au cheval.

Vint aussi le tour d'un autre.. le 3ème dont Juan del Alamo demanda qu'on arrête la pique après deux grosses rencontres.  Le palco refusa et exigea la troisième au grand dam du matador et du picador lui même.

Les six bisons de Pedraza, d'une soseria sans nom, furent applaudis trois fois à l'arrastre.  Désormais on effacera sur les affiches de Dax les noms des matadors et on écrira en énorme caractère gras: Grande corrida de Toros qui seront combattus à mort par les Picadors un tel un tel et un tel. Accéssoirement, s'ils survivent, les matadors essaieront de toréer un peu...

D'une dacquoiserie l'autre, cette plaza aimable à qui on reprochait naguère d'être la Nîmes du Sud- Ouest, ou la Sevilla Française sera désormais la Céret d'Aquitaine.

Un peu de modestie, petits messieurs du palco: le public qui hurle à juste titre contre un trophée excessif ou pour en obtenir un de plus n'a pas de raison de se voir méprisé par votre supériorite hautaine qui ne tient qu'à votre position géographique dans les gradins!

Et, si un matador, qui connait son métier demande le changement de tercio, c'est qu'il a sans doute ses raisons que vous n'êtes pas à même de juger!

Dacquoiseries, Duc(h)onneries, même combat!

JFN