9. juil., 2016

El Pana, au delà de la blessure

C'était hier "02/05/2016" dans l'état de Durango, dans le Mexique central, une arène qui s'honorait de recevoir le grand Pana.


Il avait tué son premier toro, entrait pour recevoir "de capote" le quatrième, un rouquin bien armé, le long des planches. Lance de face pour recevoir à la veronica cet adversaire.

Nullement influencé par l'orientation de la lourde percale que le maestro voulut donner trop tard, à gauche, vers le centre, le toro fonça droit sur l'homme, le prit en haut des jambes et le fit violemment basculer vers l'avant , s'envoler pour retomber sur la tête, brisé, cassé, pieds relevés, inerte ,face contre terre, comme sans vie.

On apprendra plus tard que la blessure ressemble fortement à celle que reçut Julio Robles, qui ne s'en remit jamais...On pense aussi à Christian NimeñoII...

Rodolfo Rodriguez El Pana , on le sait, toréait avec art et volonté de s'affranchir des peurs qui étreignent tous les toreros, et chacun de nous sait bien que ses défis laissaient entendre que le pire pouvait se produire. Dans la soixantaine plus qu'entamée de ce formidable personnage, chaque coup, chaque repentir vaut condamnation ferme!Le petit pas glissé, dansé vers les cornes, l'écart calculé, la main basse, corps penché pour ouvrir le portillon à la tête du toro entre main et ventre, c'est chaque fois le risque d'un écart du fauve, l'offrande d'une vie exposée comme pour finir une oeuvre personnelle.

Tout cela , les aficionados amoureux de la tauromachie d'El Pana le savent parfaitement, tout comme lui qui rêvait de conclusion glorieuse à Madrid , en Mano a mano avec son vieil ami Frascuelo.

On savait qu'il pouvait recevoir le coup de corne fatal, et si j'ose dire, personne, ni même lui, ne le redoutait vraiment.

Pana est Pana. El Pana est torero pour mourir devant les toros. Pana est l'ami de Morante qui en ce moment doit être plonge dans un grand chagrin: son ami ne pourra pas mourir devant les toros, il risque bien plus grave, indubitablement.

Plus grave que la mort, tragique, glorieuse, romantique, il peut rester grabataire, vieux chiffon sans apprêt, rejeté du cercle formidable , couché, abandonné, oublié par ceux qui ne l'auront jamais vu, rieur, drôle, conscient de sa valeur, fumeur , poseur, un peu sorcier, fantasque et fantastique.

J'écris cela pour conjurer le sort, en espérant que ces mots d'un pessimisme extrême seront démentis par une guérison miraculeuse.

Pour le moment El Pana est dans un coma artificiel profond... on ne peut qu'attendre.

Mais s'il ne devait pas remarcher ou accomplir ses derniers rêves taurins, faites, mon Dieu, qu'il ne se réveille pas, et qu'il laisse à ses admirateurs le souvenir de sa finesse, de ses complicités,de son toreo génial, de son ironie, et de cette tendresse qu'en deux mots il vous mettait dans l'âme en vous disant, à l'issue d'une magnifique journée passée avec lui voici deux mois:"Adios chaval*!"

A bientôt Maestro!


Jean François NEVIERE



*Adieu , gamin!