8. juil., 2016

Un grand torero vient de mourir

 Je crois que la dimension exceptionnelle de la disparition de Rodolfo Rodriguez « El Pana » n'a pas fini de faire couler de l'encre. Ce personnage, en effet, ne peut laisser indifférent que ceux qui ne le connaissent pas. Les aficionados l'ayant connu, en tant qu'homme, dans un ruedo ou à l'aide d'un moyen photographique ou vidéo ont systématiquement ressenti quelque chose d'indéfinissable car l'homme, comme le torero, sont véritablement peu ordinaires. Jugez plutôt :

Un grand aficionado, Jacques Lanfranchi « El Kallista », dans « Corrida France » parle du diestro en ces termes dans un article intitulé « Une journée particulière » 

« le Grand Pana, inventeur de 9 suertes à la cape, de 5 aux banderilles, de 7 à la muleta, de 2 à l'épée.

Des lettres la passe de l'Aurore, la passe de l'Au-delà, el par de la Calafia : pose de banderilles Al Violin, mais dans le dos au Quiebro.
Calafia, nom de la mythique Reine nègre, qui dit-on, donna l'appellation à la région américaine : la Californie.

Là assis à côté de toi. 
(NDLR - Il était assis avec nous dans le car pour une journée entière comprenant visite d'un marché, du site grandiose d'Arcos del Sitio, et tienta à la ganadéria « la Guadalupana » de Juan Flores Chaves. Journée taurine au cours de laquelle Juan Antonio Hernandes de la chaîne mexicaine de télévision Mexico Bravo a réalisé un reportage sur notre voyage: 

http://www.proyecto40.com/videoteca/cultura/mexico-bravo/2016-02-08-23-00/don-juan-flores-de-la-ganaderia-la-guadalupana/ )

Des actes : six toros graciés, six toros rentrés vivants, un toro estoqué au Portugal, là où c'est interdit, il sera expulsé du pays.
Parfait équilibre de sa bipolarité.

Des mots : comme ceux sur la plaque de bronze Puerta del Sol de la Monumental de Mexico- qui rappelle sa temporada 1978-1979. Le point d'orgue, étant la grâce, le 10 décembre 1978 du toro "Cariñoso" de l'élevage Begoña (propriétaire Alberto Baillares). Ou lors de son retour en 2007, dans cette même plaza, le brindis aux Dames de petite vertu "Je brinde  aux putains et aux courtisanes, à celles de lèvres rouges et de talons dorés qui adoucirent ma soif et rassasièrent ma faim en abritant ma solitude entre leurs cuisses et leurs seins.  Que Dieu les bénisse pour avoir tant aimé."

Des visions : Pana partage le nom de famille de Manolete : « Rodriguez » et, aussi le rêve cauchemardesque du torero cordouan : « Dans le monde, je sais qu'il y a un toro... ».

Des rêves : Un retour à Madrid, Las Ventas où il figura notamment avec Francisco Rivera « Paquirri » et Paco Ojeda devant des toros de German Gervas Diez, avecFrascuelo, chef de lidia (ancienneté oblige) comme à Guadalajara en septembre 2014 en mano a mano. »

Un autre grand aficionado, Jean François Nevière, le dépeint en ces termes sur notre site : :

« Ces 20 blessures gravissimes ces trois fémorales, qu'on a tendance à oublier, il les devait à un engagement sans limite. Pana n'était pas un brodeur de faenas précieusement ourlées. Non. Il était l'homme d'un style absolument personnel, je ne veux pour illustrer le propos que l'exemple de ces muletazos de la main droite, penché sur le toro comme pour l'inviter à passer par une porte aimablement tenue, le bras gauche cassé rejeté en arrière du corps, ou que ces paires de banderilles coincé aux planches, Al Calafia, sans recours ni sortie possible en cas de derrote du toro, et bien sûr, ces naturelles conclues par un pan de muleta tombant au sol dans un abandon discret et sublime.

Mais les aveugles, ceux qui parlent du Pana comme d'un comique, les mêmes qui ont hurlé à l'imposture d'un Curro Romero ou d'un Morante, peuvent bien sourire avec ironie...Ils se privent par leur défaut de vision, des choses les plus émouvantes les plus profondes que le toreo peut offrir ».

Je voudrais enfin, en une sorte de communauté de pensée, à cette occasion, réunir quelques brefs instants, à la fin de cette lecture, en recueillement trois personnes que je sais profondément touchées par cette disparition : 
Je cite tout d'abord celui qui l'a côtoyé le plus longtemps, parce que natif de la même terre, aficionado de verdad également, Gaston Ramirez Cuevas, notre très cher correspondant du pays du Charro, que je sais véritablement affecté presque dans comme sa chair, ainsi que mes deux amis dont je viens de citer des portions de texte sur l'évènement. 

Bernard ARSICAUD