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12. avr., 2018

DANDYSME et TAUROMACHIE.

 

Brindis à Charles Figini, baudelairien émérite.

 

 

Il n’est pas nécessaire d’avoir une grande culture taurine, ni même d’avoir assisté à beaucoup de corridas, pour remarquer l’existence de styles différents entre les hommes (ou les femmes) qui exercent cette étrange profession de matador de toros.

Ainsi chacun a-t-il pu ranger les toreros dans deux grandes catégories, les lidiadors (combattants), par opposition aux artistas (artistes).

Je ne pense pas qu’on puisse trouver parmi les lidiadors, y compris en remontant à une époque lointaine, de toreros que l’on puisse qualifier de dandys.

Mais qu’est-ce donc que le dandysme ?

Consultons pour cela ce qu’en a dit et théorisé Baudelaire: le dandy déteste la vulgarité et méprise la trivialité et le peuple, qui sont (dixit CB) l’ennemi du beau.

Citons Baudelaire (in : essai sur Constantin Guys): « Etre dandy, c’est le plaisir d’étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné. Un dandy peut être un homme blasé, peut être un homme souffrant; mais dans ce dernier cas il souffrira comme le Lacédémonien sous la morsure du renard. » On voit donc que par certains côtés le dandysme confine au spiritualisme et au stoïcisme. Mais un dandy ne peut jamais être un homme vulgaire… « Sa toilette irréprochable à toute heure du jour et de la nuit, jusqu’aux tours les plus périlleux du sport, ne sont qu’une gymnastique propre à fortifier la volonté et à discipliner l’âme. Que ces hommes se fassent appeler raffinés, lions ou dandys, tous sont issus d’une même origine: tous participent du même caractère d’opposition et de révolte, tous sont représentants de ce qu’il y de meilleur dans l’orgueil humain, de ce besoin trop rare chez ceux d’aujourd’hui, de combattre et de détruire la trivialité.  ……Le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences. …….Mais hélas la marée montante  de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie, jour après jour, ces derniers représentants de l’orgueil humain et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux myrmidons ». Ce qu’écrivait Baudelaire, en son temps, serait à coup sûr ressenti comme une offense par les sectateurs de la médiocratie.

Et pourtant, comment ne pas rapprocher ce texte et les vertus ( !) qu’il évoque des valeurs que « porte » la tauromachie ?

Le souci permanant de la tenue, du costume, de la résistance à la souffrance, de la volonté, de la discipline, de l’héroïsme face à toutes les trivialités décadentes, au nivellement, voilà qui définit à la fois le dandysme et la tauromachie.

Mais on peut aller beaucoup plus loin et,  si presque tous les toreros depuis les origines de la corrida moderne jusqu’à nos jours, sont des dandys plus ou moins avoués ou recherchés, certains d’entre eux, sans forcément connaitre le mot, sont d’authentiques dandys.

Je voudrais juste évoquer, une fois encore,  le plus dandy de tous les toreros, Rodolfo Rodriguez El Pana.

Méprisant à l’égard de certains de ses confrères, provocateur et distant, portant le costume à la ville comme personne, souffrant sans gémir, aristocrate  bien au-delà de ce qu’on imagine, ce torero était l’image même du dandy.

Et je vous laisse, si le jeu vous amuse, rechercher parmi les nombreux toreros que vous avez vus ou connus, dresser une liste (soyez certains qu’elle sera courte) des toreros dandys, au sens baudelairien du terme.

Je pense bien sûr à Morante de la Puebla.

Inutile d’insister sur son dandysme, fait du goût de déplaire dont Baudelaire  disait qu’il était la séduction même. Le mauvais goût provocateur, l’indifférence aux quolibets (quoi de plus réjouissant qu’une bronca reçue par Morante), le courage fou, à certains moments, de cet homme étrange devant les cornes, la recherche du beau, le refus de la médiocrité, son 'tout ou rien", oui Morante est vraiment un dandy.

Morante choisissant les costumes les plus kitsch (ce fameux traje de luces orange et noir !….).

 

Un seul, probablement pas plus, conforme aux préceptes de la secte, de la religion du dandysme définis par Baudelaire, un seul a osé prendre comme nom de scène, comme "apodo" : EL DANDY.

Regardons de plus près si, de fait, ce charmant Edgar Garcia était ou non un dandy.

Il nous faudra pour cela citer encore une fois le grand Charles Baudelaire, théoricien  du dandysme.

Evitons d’entrée les images fausses du dandy. Il n’est en aucun cas un bellâtre, un souriant, un m’as-tu vu, quelqu’un qui cherche à plaire à tout prix.

L’art de la suprême séduction, rappelons-le, au contraire, est de déplaire.

Armés de ces notions nous pouvons déjà éliminer d’une liste possible de toreros « dandys » quelques  exemples. Oui ! Qui  donc pourrait passer pour un dandy dans la tauromachie d’aujourd’hui et ne l’est en rien ?

Tous ceux qui veulent plaire à tout prix, qui sourient au public, qui se laissent aller à des facilités de style, à des effets vulgaires, aux gestes sans justification.

Le moment  le plus favorable pour juger du dandysme c’est le paseillo: voir marcher Curro Romero, ou Manzanares, ou Jose Tomas et voir marcher Urdiales ou Antonio Ferrera toutefois excellents toreros, sont choses différentes.

Une certaine manière d’être…le grand dommage n’est-il pas qu’aujourd’hui les toreros (et l’âge  malheureusement doit avoir à faire avec cela) se promènent en jeans et casquette Nike, dînent au restaurant en chemisette , perdant toute chance de grandir leur image.Torero dans l’arène, torero à la ville….

Le dandy n’est pas ‘sympa’. Mais il EST, il se voit, se remarque et existe jour et nuit devant son miroir comme dans notre mémoire visuelle. C’est une terrible exigence, mais elle avait sa raison d’être: le torero est autre, il doit donc se montrer autrement.

Et donc, cet Edgar Garcia El Dandy… ?

Oui au moins par l’élégance vestimentaire, par le regard sombre  et la volonté de faire bien, grand et beau, de prendre les risques que seul un torero peut prendre.

Regardez la photo ci-joint: Cheveux gris barbe blanche, montera blanche, costume gris et noir, cape de paseo noire, bas blancs, une sacrée gueule non ?

Qui était-il dans la vie ?

Dans l’arène ? En 1996 à Ixtahuaca au Mexique, il torée avec El Chilolo, matador mexicain. Les toros sont de Rafael Mendoza. Edgar Garcia  a coupé 5 oreilles ce jour-là et le 6èmetoro lui a infligé une blessure à la face, nez et bouche. El Dandy a pris l’épée de mort et tué son adversaire puis a coupé ainsi les deux oreilles du dernier. Seulement après, il a demandé à rejoindre Mexico où l’attendait le médecin des arènes le docteur Antonio Salcedo Coppola.

Edgar Garcia est un torero colombien dont on ne sait pas grand-chose, dont on ne dit pas grand-chose.

On ne trouve aucune trace de lui dans le dictionnaire de la tauromachie édité dans la collection Bouquins par Robert Bérard. Le dandysme va peut-être jusque-là.

 

Jean François Nevière.

9. avr., 2018

Mexico Lindo Par Jean François Nevière

Nous avons fêté samedi dernier très joyeusement et dignement les 10 ans de Mexico Aztecas y Toros.

Les matadors Marc Serrano et Manolo Vanegas nous ont honorés en venant de très loin toréer, à Bars, chez Jean Louis Darré. André Lagravère et son père Michel étaient arrivés de Séville la veille, accompagnés de Curro Duran. Alain Bonijol lui-même accompagnait une jument de pique nommée Daïda, le picador était Gabin Réhabi, que voulez –vous de mieux ?

Le jeune Yon Lamothe a lui aussi tienté une vache.

Pour les voir, 150 personnes étaient autour du ruedo gersois de Bars.

Le ganadero avait bien fait les choses, les deux novillos de l’Astarac ont fait parler leur origine Guardiola avec cette dureté propre à ce sang, et le toro presque quatreño du Camino de Santiago que le ganadero envisageait de garder comme possible semental n’a pas mérité ce sort enviable et a donc été estoqué par Manolo Vanegas.

Les deux vaches dévolues à Curro Duran et Yon Lamothe ont donné du jeu et la dernière est allée a mas.

Voilà donc pour l’anniversaire de M A Y T dans sa partie française.

Nous avons festoyé et arrosé très dignement l’évènement grâce à la finesse et l’abondance toute gasconne de la ferme du Cantaou !!

Mais ce n’est pas fini.

 Il nous reste à compléter la mission en terre mexicaine !

 Nous partirons début Février (le samedi 3) au Mexique, assisterons le 5 à la corrida de l’anniversaire dans la Monumental Mexico, partirons ensuite visiter le nord est vers San Luis Potosi, la Huasteca Potosina, vivrons de grands moments taurins chez trois ganaderos différents, retraverserons d’est en ouest ce formidable pays jusqu’à Autlan de La Grana pour la feria du Carnaval d’Autlan: 4 jours de Corridas, une petite descente sur le Pacifique à Barra de Navidad, un court séjour à Morelia à l’Hôtel Virrey de Mendoza, une nouvelle rencontre avec le grand et merveilleux docteur Marco Antonio Ramirez, son incroyable musée et une dernière visite ganadera avec tienta. Nous finirons sur une passe de « mariposa », en visitant le sanctuaire des papillons monarques ! Et....Et il faudra déjà rentrer à Mexico et reprendre l’avion pour la France (le 16 février, arrivée le 17) .Nous sommes 22 inscrits. Il reste deux places. Si le cœur vous en dit, contactez- nous à l’adresse mail ci-dessous, nous vous enverrons le programme détaillé. Et c’en sera fini des commémorations du dixième anniversaire.

Trois Ganaderias, Cinq Corridas, Mexico, Querétaro, San Luis Potosi, Zacatecas, Guadalajara, Barra de Navidad, Autlan, Morelia,Olé !Olé !y Olé !

 

Jean  François Nevière

Président de Mexico Aztecas Y Toros.

jeffneviere@msn.com

22. févr., 2018

Dimanche 18/02 lors de la corrida de clôture de la temporada,  dans les arènes Santamaria Bogota, le matador espagnol Julian Lopez Escobar « El Juli », a été blessé par le cinquième exemplaire de l'après-midi, du fer de l'élevage Juan Bernardo Caicedo.

Dans les derniers moments du combat, le taureau chercha le matador et le piqua à la cuisse gauche

Peu après la blessure le diestro est admis dans un centre clinique de Bogotá

La partie médicale de la Plaza de Bogota indique une plaie de 15 centimètres de long sur la cuisse gauche, avec une trajectoire de six centimètres, sans compromis vasculaire ou nerveux.

Le traitement a commencé après l'exploration chirurgicale à laquelle il a été soumis.

Une source de l'équipe médicale a annoncé que l'intervention s’est bien passée.

Bernard ARSICAUD

19. févr., 2018

Photo : El Fandi par J.M. Sieklucki                          

 La Feria de las frutas y de las flores accueillait les 11 et 12 février 2018 deux corridas intéressantes sur le papier à la seule condition d’avoir des toros dignes de ce nom. J’y assistai aux côtés de mon ami Fernando Callejas, ancien maire d’Ambato, député d’Equateur et aficionado a los toros convaincu.

Le dimanche nous proposait El Fandi, David Mora et l’équatorien Juan Francisco Hinojosa avec des toros de l’élevage de Vistahermosa et Mirafuente de Machachi. Beau temps et demi-arène.

Toréer le public est la grande spécialité d’El Fandi. Et le public équatorien qui, pour une grande part, est très éloigné des canons de la corrida classique, adore cela. Peu lui importent les banderilles à cornes passées d’un mètre, mis à part quelques violins de bonne facture, peu lui importent les agitations stériles, les postures irrespectueuses du toro et les passes à deux mètres ou presque de l’adversaire, peu lui importent les muletas arrachées et les bousculades inélégantes. Le public est venu pour voir du spectacle et des toreros à genoux. Et ça, le Fandi le fait à merveille.

Il coupa une oreille parfaitement injustifiée à un premier toro faible (mais ne le furent-ils pas tous ?) de 435 kilos, novillo un peu léger pour les arènes vicoises, après une faena sans âme et sans passe digne de ce nom. A moins bien sûr qu’on appelle passe les tours de manège accroché à la croupe du toro, genre d’artifice dénué de risque que le public local adore. Ce torito avait la gueule ouverte dès l’entrée. S’il avait du gaz, il s’était depuis longtemps échappé. Il fut cependant tué d’une bonne épée. Reconnaissons cette qualité au Fandi. Une oreille, que je n’aurai pas donnée, tomba.

Au second toro, à peine plus lourd (445k) nous eûmes droit à l’apothéose. Il faut savoir qu’ici, plus encore qu’en Europe, tout toro, aussi mauvais soit-il, est brindé au public. L’arène fut immédiatement chauffée à blanc par trois largas afaroladas de rodillas spectaculaires, des chicuelinas enveloppées, quoique très éloignées du toro (photos à l’appui). El Fandi, décidé, fut bon à la cape, même si, comme toujours, il en fit trop à mon goût. Rebolera escamotée après une pique unique en bonne place, ce qui est assez rare pour être signalé. De toute façon toutes les piques sont uniques ici et comme en Europe, mises à part les places toristas, dès le contact du toro et de la pique les sifflets fusent. De nouvelles banderilles du maestro, nouvelles mais identiques, c'est-à-dire trichées (photos à l’appui). El Fandi en offrira même une quatrième un panama à la main. On était à la fête du village ! Un demi-tour d’arène à genoux pour aller chercher un toro qui n’en voulait guère et entamer sa faena. Désarmé au premier molinete, sa passe préférée. Il nous montra alors, l’espace de deux minutes, qu’il savait parfaitement toréer. Ce furent deux séries à droite et une à gauche d’excellente facture et parfaitement templées face à un toro qui se révélait intéressant dans ce toreo apaisé. Toro noble avec une charge franche et répétitive. Mais, à partir de là, la parenthèse bienfaisante se referma, le maestro, sachant que les passes classiques laissaient le public froid, reprit son agitation coutumière. Abus de molinetes, pirouettes, appels débridés aux tendidos du soleil. Je compris rapidement que ces passes interminables et sans préparation n’avaient pour but que de chercher un indulto qui ne fut pas long à venir devant la pression d’une arène en délire. Trois bonnes séries et un toro qui charge, les ingrédients sont largement suffisants pour gracier à Ambato.

J’attendais avec intérêt le torero local Juan Franciso Hinojosa. Il est à mon avis le meilleur équatorien. Je l’avais vu triompher à Ambato il y a six ans aux côtés du regretté Yvan Fandino, et il m’avait séduit. Pour des raisons personnelles il n’avait pas torée depuis deux ans. A son premier toro, léger et peu armé, il fut brillant d’entrée à la cape, notamment dans le dos. Il réalisa ensuite une excellente entame de faena, de face et croisé. Malheureusement, en exécutant un desplante, main sur la tête du toro, il se fit blesser sérieusement à la main gauche. On dut le bander sous l’œil attentif et toujours paternel de Padilla présent dans le callejon. Je l’ai rencontré le soir-même et il m’a informé devoir être opéré dans les jours à venir. Il paraissait en effet souffrir beaucoup. Courageusement il reprit les armes aussitôt avec une série droitière volontaire au cours de laquelle il abandonna l’épée pour toréer plus librement. Il nous montra certainement le meilleur placement de la tarde. Une épée a recibir, malheureusement un peu basse, ne fit tomber aucun trophée. Il eut pu, comparé à celle de son prédécesseur, couper une oreille sans que l’on soit choqué.

Pour affirmer sa volonté et son courage il alla accueillir son second toro a porta gayola. Mis en danger à cette occasion, il perdit toute confiance et bâcla une faena sans intérêt. Une media insuffisante et six tentatives douloureuses mirent fin à ce qui fut un supplice tant pour lui que pour nous.

Je n’avais pas revu David Mora depuis son dramatique accident. A mon sens, et à moins qu’il n’ait été dans un mauvais jour, il n’est plus que l’ombre de lui-même. A son premier toro, d’assez bonne présentation pour un poids de 465kilos, il nous montra ce qu’il avait été. Un torero classique et élégant avec quelques magnifiques passes de cape. Après…rien à signaler qu’un manque de confiance et de sitio. Bonne épée un peu tombée à gauche. Silence justifié.

Le dernier toro de la tarde lui échut après le triomphe du Fandi. Il s’avança sans grande envie. Le toro manso commença par fuir l’homme et les capes. Il se révéla, en vrai manso, violent dans ses charges après la pique. Il eût pu être intéressant et permettre à mon avis bien des choses, à condition d’être dominé. Quelques jolis gestes par ci par là, mais de profil et sans engagement. Quelques passes à bout de bras et une épée verticale et en arrière mirent un terme à la première journée de féria.

 

 

 

 

 

 

Le lundi nous proposait Juan Jose Padilla, Juan Bautista et Alvaro Samper avec des toros du même élevage que la veille, c'est-à-dire légers, sans cornes et sans forces. Nous attendions tous bien sûr les adieux du cyclone devenu pirate au public équatorien. Beau temps et demi-arène.

Ledit public ne fut pas déçu. Padilla nous fit du Padilla. A genoux d’entrée, car il connait la musique sud américaine. Trois séries électriques donnèrent le ton. Véroniques et rebolera au centre. Des banderilles comme il sait les planter. Bondissant et spectaculaire, à cornes légèrement passées. Survint alors un incident inattendu. Ce toro jabonero alla s’assommer sur le burladero, se brisa la corne droite qui se mit à brinqueballer et fut pris d’une crise style épilepsie. Il tomba plusieurs fois, peina à se relever et se mit à marcher de travers. Poussé par le public et l’envie de lui plaire pour sa dernière apparition Padilla décida de le toréer. Nous fûmes quelques rares individualités à être très choqués par ce spectacle lamentable alors que le public exultait de bonheur. Padilla multiplia les desplante à genoux, de face et de dos devant un toro à moitié mort déjà. Si le film de cette faena parvient entre les mains des anti-taurins, ils en feront des choux gras. Que pena ! Le président prit une sévère bronca pour n’avoir pas accordé la seconde oreille réclamée. La bronca était à mon avis justifiée, mais pour l’octroi de la première. Devait-on, pour plaire au public, toréer un toro qui n’en était plus un et qui eut indiscutablement été changé si l’incident avait eu lieu plus tôt ? J’aurais aimé que ce triste spectacle me soit épargné.

Son second toro, celui des adieux, approchait les 480 kilos, record de la feria, et possédait des cornes larges et rentrantes légèrement supérieures à ses congénères. Le récital fut donné, à pied, en vol et à genoux. Le classicisme était oublié, il ne nous restait plus qu’une folle admiration pour le courage d’un homme qui a sublimé son malheur et respecté ses admirateurs en immense professionnel. Même les tenants d’une autre manière de toréer aiment Padilla. La planète taurine entière aime Padilla. Nous voulions le remercier. Il fallait impérativement lui témoigner notre gratitude pour ce qu’il est et ce qu’il a fait pendant sa magnifique carrière. Un dernier geste montra sa totale honnêteté. Une épée entière, mais légèrement basse, fut retirée pour ramener le toro au centre du ruedo et en exécuter une parfaite. On ne finit pas dans l’à peu près quand on s’appelle Padilla. Le cyclone de Jerez se devait d’être précis. Il le fut.

Les deux oreilles restèrent dix bonnes minutes entre les mains de l’alguazil figé dans une pose hiératique, oreilles présentées à la présidence, dans l’attente que l’arrastre défaillant puisse enfin évacuer le vaincu. Ensuite vinrent les minutes de grande émotion aux cris de « torero-torero », enveloppé dans les drapeaux du pirate, embrassant le sable, il fit un dernier tour d’honneur. Quel homme !

Juan Baptista, grand triomphateur de l’an dernier et auteur d’une temporada 2017 mémorable, était attendu à Ambato avec joie. Il eut malheureusement un peu de malchance au sorteo tirant un premier toro absolument intoréable. Ce fut le seul de la feria. A croire qu’il l’avait déjà été. J’avais vu cela à Dax il y a bien des années où Enrique Ponce fut pris à la gorge d’entrée par un toro de Dolorès Aguirre dont on apprit par la suite qu’il avait été tienté. Jean Baptiste, avec son professionnalisme habituel, tenta la droite puis la gauche. Le danger était constant. L’animal ne regardait que l’homme. Il avait permis tout de même d’assister auparavant à une magnifique série de véroniques calmes et posées terminée par une média d’anthologie. Il fut ensuite le seul de la feria à réaliser une mise en suerte au cheval de toute beauté, cape dans le dos. Devant l’impossibilité avec la muleta le toro fut tué en deux temps dans un grand silence compréhensif.

Fort heureusement le second toro, légèrement veleto, fut bon et même joli à la sortie. Largas afaroladas de rodillas d’entrée. Une belle série de cape debout et une nouvelle magnifique mise en suerte à la pique. Jean Baptiste se devait de triompher. Il le fit de la meilleure manière après une entame à genoux aux planches. La qualité du toreo développé améliora le toro un peu faible et lui permit de montrer une belle noblesse et une bonne charge. Jean Baptiste ne laissa pas passer cette chance et, les pieds collés au sol, à la différence de bien d’autres, donna une leçon de tauromachie. Une faena sérieuse que mes amis taurins ambaténiens et connaisseurs considérèrent immédiatement comme la meilleure de la feria. Des séries courtes, chaque passe étudiée, exploitée, accompagnée au plus loin. Il ne resta plus une goutte dans ce cinquième toro quand il eut fini. Comme me dit une voisine qui avait deviné que j’étais français, sans doute par mon admiration visible pour ce maestro, « no hay quinto malo ». Ce fut vrai à Ambato. Le public siffla quand Jean Baptiste prit l’épée, comme s’il eut désiré un indulto de plus. Le maestro n’en tint aucun compte et plaça une excellente estocade à effet rapide qui libéra deux oreilles amplement méritées. Je passai à son hôtel le soir pour le féliciter et trouvai un torero heureux.

Alvaro Semper est l’illustration du drame des toreros équatoriens. Il ne doit toréer qu’une fois par an. Comment progresser dans ces conditions ? Ils peuvent remercier l’ex président Correa qui a tué la corrida à Quito et les fêtes du Jesus del Gran Poder par voie de conséquence. Une honte pour ce beau pays taurin qu’était l’Equateur. On a vu de l’envie, des gestes notamment à la cape, une belle media de face. Mais après ce ne fut qu’insécurité, mobilité et inquiétude. Une faena abrégée à cause d’un manque de technique et de pratique, les deux étant liées. Une épée légèrement tombée à gauche. Silence désolé.

Il attaqua son second toro avec une grande décision à la cape. Il tenta à la muleta de compenser le manque de charge du toro par une faena tremendiste entre les cornes. Mais tout le monde n’est pas Paco Ojeda ! Et les cornes étaient bien étroites pour se mettre au milieu. Malgré tout, pour démontrer un courage qui n’avait échappé à personne, le maestro nous offrit quelques manoletinas de bonne qualité avant une épouvantable épée de gendarme qui tua le toro contre toute attente. Sur une réclamation majoritaire du public le palco fit tomber une oreille d’encouragement.