Vic...times, Vic...toires, Par notre Président

Chaque année c’est la même histoire. Verra-t-on des toros ? La question, subsidiaire, est la suivante : verra-t-on des toreros ?

Car, rappelons-le à ceux qui l’oublient, souvent parmi les partisans du « torotoro », l’un ne va pas sans l’autre. Sinon il suffirait d’aller visiter les ganaderias

L’an dernier, un grand cru, nous avions eu les deux, mais cette année ?

Je serais tenté de répondre un peu abruptement: sur le papier c’était intéressant mais "in fine", pas grand-chose à retenir. Et beaucoup à dire, ou plutôt à redire.

Les toros de Valdellan et Los Maños ? beuuuu, Santa Coloma priez pour nous !! Bien sûr, il y eut la séquence émotion lorsque Sergio Flores, magnifique dans son traje banane et azabache vint me brinder son second adversaire, sans doute le plus comestible de la tarde, avec des mots que je me dois de traduire pour tous les membres de notre association de Mexico Aztecas y Toros.

« Va por ti, Jean, qui depuis dix ans me suis et me soutiens, me fais entrer dans le cœur de l’aficion française, je te dois ce toro et te le dédie avec toute mon amitié »

Merci Maestro, un merci d’autant plus sincère que tu n’en es pas à ton premier brindis, il y avait eu La Brède déjà il y a quelques années.

Tu portais le costume de ton superbe triomphe de ce 4 février dans La Mexico, héroïque, devant le Juli avec qui tu as l’habitude de marquer des points, points d’honneur pourrait-on dire, comme pour ton alternative bayonnaise. Je profite  de ce mot à ton sujet, Sergio Flores, pour rappeler que tu nous reçus dans "ta" magnifique ganaderia de Caparica ( où les azulejos muraux représentent José Tomas, Fernando Ochoa et toi, excusez du peu ), où les chiens du rancho ont leur cimetière avec éloge funèbre gravé dans la pierre, où tu nous as fait, après un barbecue mené par toi de main de maître, visiter la ganaderia en 4X4…escortés par deux cavaliers armés de garrochas.

Quels souvenirs ! Et dire que tout cela nous fait remonter encore plus loin ! C’est chez don Eduardo Martinez, le propriétaire de Los Encinos que nous avons fait ta connaissance, et c’est avec les toros de Los Encinos que tu nous as régalés en février 2018 au carnaval d’Autlan de la Grana.

Tu vois Sergio, c’est déjà une vieille histoire, et tu n’oublies rien.

Fermons cette parenthèse enchantée, non sans avoir dit le torero complet que tu es, poder et élégance, à ton sujet je suis tenté d’utiliser un terme musical : "andante largo ma non troppo".

Et pour finir, me rasseyant samedi dernier après ton brindis, ta montera pieusement posée sur mes genoux, on entendit ici ou là dans l’arène la question suivante : Qui c’est ce type ? On ne le connait pas, c’est l’ambassadeur du Mexique !

Ojala, asisea !

La corrida concours du dimanche matin ? Le toro de La Quinta et Domingo Lopez Chavez, toujours à la hauteur du sujet, malgré sa petite taille, ayant de l’office, volontaire, engagé, autrement dit engagé volontaire, honnête lidiador, chef de lidia digne de son rôle.

Oublions les autres.

L’après-midi les Raso de Portillo, grands, longs, sans saveur, pas si compliqués mais impressionnants et qui impressionnèrent les hommes devant eux…Ne rentrons pas dans les détails, déjà oubliés, pâles images des corridas à l’ancienne, mais plus proches de la fanfare que du grand orchestre.

Lundi de Pentecôte ? Vous allez voir ce que vous allez voir ! des Pedraza de Yeltes, garde à vous ! gare à vous ! Les hommes n’ont qu’à bien se tenir !

Trois hommes, des durs habitués au combat, et au moins pour deux d’entre eux profondément artistes aussi. Curro Diaz, le torero qui normalement convient le mieux à ces toros montés comme une chantilly, bien vus à Dax, décevants à Madrid, plus que décevants à Vic. Encore faut-il dire que le CTVicois avait acheté du lourd et du vieux, du trop vieux. Plus de 600 kgs chacun, plus de 6 ans pour 5 d’entre eux…cherchez l’erreur : madrés, peu mobiles, violents, tombant emportés par le poids et surtout par une piste dont l’épaisseur de sable insuffisante faisait que les bichos dérapaient comme sur une piste glacée, le ciment trop près des sabots.

Parlons un peu des hommes, car si ce n’avait pas été le lundi soir, nous aurions bien aimé discuter un peu des toreros.

Curro Diaz ? pieds joints , impassible, la muleta basse et finissant sa série par une trinchera tellement méprisante que le toro de 6ans, 650kgs pensa un instant à poser cette question à l’homme de 1m74 et 63kgs : excuse moi, partner ! que se passe- t- il ?  pourquoi me fais-tu le coup du mépris ?

Il y eut comme cela, tête inclinée, froid et beau, un Curro Diaz que le public ne vit pas.

Et puis…l’inattendu, Daniel Luque.

Prudent, un peu fuera de cacho tout au long de ses faenas, vexé une fois ou l’autre par le public qui mettait en doute ses facultés, pourtant immenses mais pas évidentes ce soir- là…

Enfin vint Emilio de Justo virginal dans son costume blanc. Il eut le meilleur du lot, 5ans, mobile et toréable avec peu de malice mais…

Pas de quoi affoler les foules, toréant "sur le voyage"…jusqu’ à ce que le 6ème le prît salement, coup sur l’oreille droite, celle que le toro prétendait  peut être couper  au torero….

Sonné, le matador, en courageux,  revint pour tuer, mit un bajonazo de gala que le public, mal-voyant prit pour un estoconazo au point de réclamer l’oreille, pétition faible, qui prit un peu d’ampleur sonore et que l’ineffable président Amestoy, se souvenant sans doute de la bronca de l’an dernier quand il avait obstinément refusé le trophée que méritait Lopez Chavez sans conteste, ( avec cette fois- là une pétition unanime !) accorda, par couardise !

Bilan ?en quelques vers.

Si vous allez à Vic,

Elan patriotique,

Voir El Adouréño,

Ne vous étonnez plus,

Quand il voit un toro,

 De le laisser passer,

Et démontrer  qu’il faut

Travailler , travailler ,

Regarder les toros,

Pour ne plus mériter ,

Le moindre coup de trique,

De la part du public,

Surtout celui de Vic.

 

Conclusion en forme de bilan chiffré : 28toros et novillos lidiés.

                                                          : 2 oreilles.

                                Public en baisse : 5000 personnes chaque jour

 Des toros très beaux mais plus intoréables que jamais.

On ne peut s’empêcher de mettre face à face les deux extrêmes : Nîmes  manquant de toros, les Juan Pedro considérés par les matadors eux-mêmes comme ne nécessitant pas la pique pour suivre servilement une muleta. Des trophées à tire larigot.

                                                                                                                        Vic, manquant de toreros, avec des toros trop vieux trop lourds, pour visiteurs de ganaderias anciennes ou renaissantes, mais intoréables même après trois piques..Il y aurait tant à dire qu’il vaut mieux s’arrêter là.

Il n’est pas certain qu’on revienne toujours, tout a une fin.

 Celui qui nous a manqué, à qui nous pensons avec beaucoup d’inquiétude : Manolo Vanegas.

La matador vénézuelien, très grièvement blessé à l’entraînement ( vertèbres cervicales ), a été réopéré d’une vertèbre qui comprimait le canal médulaire. Ce sera long et difficile et nous pensons à ce jeune maestro dont l’alternative à Vic nous avait tant séduits, et à sa venue lors de la fiesta campera anniversaire des dix ans de MAYT.

Une pensée très amicale aussi pour Marc Serrano que le CTV aurait été bien inspiré d’engager à la place du très pâle Sebastian Ritter.

 

Jean François Nevière.

Président de Mexico Aztecas Y Toros.